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FILMS / CRITIQUES Annecy 2022

Critique : Saules Aveugles, Femme Endormie

par 

- Pierre Földes réussit une captivante adaptation des nouvelles de Haruki Murakami, trouvant la longueur d’ondes idéale entre subtilité narrative et ouverture à tous les publics

Critique : Saules Aveugles, Femme Endormie

"Nous n’avons pas le choix : nous devons affronter Worm. Que l’issue soit funeste ou victorieuse, nul n’en saura jamais rien et même si nous parvenons à le défaire, personne ne nous en félicitera, personne ne saura jamais qu’une telle bataille a eu lieu sous ses pieds." Quand un événement traumatique secoue nos fondations, nous précipitant dans le miroir de notre obscurité intérieure, de nos peurs refoulées hantées par les fantômes de nos faiblesses et de nos vies non-vécues, "on peut encore espérer qu’il y a de la vie quelque part" et qu’existe un passage souterrain permettant de retrouver la lumière.

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C’est au cœur de ce processus de confrontation karmique et de renaissance où "ce qui est visible pour tout le monde n’est pas ce qu’il y a de plus important" que s’est immergé Pierre Földes en adaptant et en assemblant plusieurs nouvelles de l’un des maîtres de la littérature mondiale contemporaine : le Japonais Haruki Murakami, expert es territoires étranges à la frontière du réalisme et de la magie. Un entre-deux mondes envoûtant dont Saules Aveugles, Femme Endormie [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, le premier long du cosmopolite cinéaste et compositeur (né aux États-Unis de parents hongrois et britannique, et élevé à Paris), dévoilé en compétition au 41e Festival du Film d’animation d’Annecy, réussit à capturer tout le charme d’un récit multi-strates et la longueur d’onde unique d’une essence singulière.

En surface, tout semble pourtant simple. Quelques jours après le tremblement de terre et le tsunami ayant frappé le Japon en mars 2011, le couple Kyoko-Komura se délite à vitesse accélérée, la première quittant par surprise le second ("vivre avec toi, c’est comme vivre avec une bulle d’air"), le laissant totalement abasourdi, dans un quotidien flottant entre le vide, les regrets et les souvenirs. Pour Katagiri, son collègue du service des emprunts à la Tokyo Security Trust Bank, la situation n’est guère plus reluisante : personne n’aime le bedonnant célibataire de 44 ans qui se retrouve professionnellement au pied du mur. Mais tandis que les médias abreuvent l’atmosphère de témoignages sur la dévastation subie par le pays, nos deux hommes voient une porte s’ouvrir sur leurs perceptions du monde, Komura à travers une mystérieuse mission à Hokkaidō (convoyer un petite boîte) et Katagiri avec l’irruption d’un personnage fantastique (l’énorme grenouille Frog) l’enrôlant dans un conflit cosmique contre les forces du chaos afin de sauver Tokyo, menacée de destruction totale sept jours plus tard…

Nietzsche ("la plus grande sagesse, c’est de n’avoir peur de rien"), Fort Apache de John Ford ("si vous avez pu voir des Indiens, c’est qu’ils n’étaient pas vraiment là"), Conrad ("la vrai peur est celle qu’éprouve l’homme face à son imagination"), Hemingway ("la vraie valeur de notre existence se détermine non pas par nos victoires, mais par nos défaites") : des clés d’interprétation sont disséminées au fil de Saules Aveugles, Femme Endormie, mais le film tient surtout parfaitement le cap des plaisirs d’un récit passionnant et très riche (un scénario en emboîtements très bien construit par le cinéaste avec avancées parallèles, flashbacks, rêves, monde "normal" et fantastique, etc.) et d’une animation accessible à tous les publics. Pierre Földes réussit haut la main son pari (excitant mais loin d’être évident sur le papier) d’adapter Haruki Murakami tout en restant lui-même.

Produit par les sociétés françaises Cinéma Defacto et Miyu Productions et coproduit par leurs compatriotes de Studio MA, d’Arte France Cinéma et d’Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, par les Canadiens de micro_scope et de Production l’Unité Centrale, par les Néerlandais de Original Picture et par les Luxembourgeois de Doghouse Films, Saules Aveugles, Femme Endormie est vendu à l’international par The Match Factory.

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