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CANNES 2022 Compétition

Critique : Close

par 

- CANNES 2022 : Lukas Dhont confirme la profondeur de sa sensibilité et ses dons de mise en scène avec un second long splendide dans un tourbillon d’émotions introverties

Critique : Close
Eden Dambrine et Gustave De Waele dans Close

"Qu’est ce qui s’est passé entre vous ?" En transperçant les cœurs purs d’une grande amitié dans la transition complexe entre enfance et adolescence, Lukas Dhont franchit très brillamment avec Close [+lire aussi :
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, son second long métrage, dévoilé en compétition au 75e Festival de Cannes (un niveau auquel le jeune cinéaste belge accède pour la première fois) le redoutable écueil de la confirmation des promesses nées du succès fulgurant de Girl [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Lukas Dhont
fiche film
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(entre autres Caméra d’Or sur la Croisette 2018). Un adoubement opéré grâce à une oeuvre d’une saisissante limpidité, à un rythme très enlevé filant une trajectoire tendue, concentrée sur les corps et tout particulièrement sur les visages, sur l’intensité des regards et toute la profondeur des sentiments les plus intenses qu’on tente parfois de contenir à l’intérieur de soi sous la pression du collectif ou par incapacité à les exprimer.

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Jouer et imaginer le monde, courir comme à travers champs et forêts, sillonner à vélo les petites routes de campagne, se bagarrer pour rires comme des jeunes chiots facétieux, rester dormir chez l’autre, être considéré comme un second fils par leurs familles respectives : à 13 ans, Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustave De Waele) sont des amis inséparables, leurs cœurs battent de concert dans un amour gorgé d’innocence, même si d’évidence des sentiments qu’ils ne s’expliquent pas encore sont bel et bien aussi présents. Mais cette ingénuité, en pleine éclosion estivale, vole en éclats dès de la rentrée scolaire. La proximité physique instinctive et naturelle entre les deux garçons (une tête sur une épaule ou l’un faisant office de coussin pour l’autre allongé sur l’herbe) est immédiatement repéré à l’école ("est-ce que vous êtes ensemble ? Vous avez l’air très proche. Cela se voit. Vous êtes en couple ? Ce n’est peut-être pas assumé"), voire stigmatisé ("pédale") dans le brouhaha et les bousculades de la cour de récréation. Perturbé par ce regard extérieur, le délicat Léo prend peu à peu ses distances avec Rémi, se rapprochant des garçons les plus virils, parlant foot et se mettant même à pratiquer le hockey sur glace, retranché derrière son casque à grille. Mais Léo se sent secrètement coupable de cette trahison qui affecte de plus en plus Rémi…

Filmé de manière très organique dans un style explorant merveilleusement la moindre inflexion des traits subtilement très expressifs de Eden Dambrine, Close fait un récit poignant d’un écartèlement intérieur dans les remous de la quête de sa propre identité à un âge où le désir de ressembler aux autres se révèle très puissant, au point de juguler sa personnalité intime et de s’emprisonner volontairement dans un cercle aux ricochets douloureux pour ceux qu’on aime et pour soi-même. Le tout évidemment jusqu’à la fracture car on ne tourne pas le dos impunément à ce qui nous fait du bien.

C’est dans ce drame initiatique que plonge en apnée Lukas Dhont, offrant à ses deux jeunes interprètes protagonistes (parfaitement épaulés par les adultes, surtout le mères incarnées par la remarquable Émilie Dequenne et par Léa Drucker) tout l’amour d’un cinéaste doté d’immenses qualités de mise en scène allant du très percutant à l’infinie douceur, de la très grande vitesse à la patience attentive de laisser émerger d’infimes ondulations des âmes s’inscrivant sur les corps et dans les gestes quand la communication verbale est bloquée.

Traversant quatre saisons dans le miroir (visuellement spectaculaire) du travail familial dans les champs de fleurs et les éléments naturels (du foisonnement couleurs à la neige, en passant la boue, les pluies torrentielles, etc.), Close réussit un très bel ouvrage de funambulisme cinématographique, à la fois incisif et réflexif, unifiant d’un seul trait réalisme, lyrisme, mélodrame, dans une fluidité émouvante sans un zest de trop-plein.

Produit par Menuet avec Diaphana Films, Topkapi Films et Versus Production, et coproduit par VTM et la RTBF, Close est vendu à l’international par The Match Factory.

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Galerie de photo 26/05/2022 : Cannes 2022 - Close

23 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Lukas Dhont, Eden Dambrine, Gustav De Waele, Émilie Dequenne, Léa Drucker
© 2022 Fabrizio de Gennaro for Cineuropa - fadege.it, @fadege.it

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