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SÉRIES MANIA 2021 Séries Mania Forum

La coproduction des fictions européennes en débat à Séries Mania

par 

- ZDF, X Filme Creative Pool, ITV Studios et le Club des Producteurs Européen analysent le niveau relativement faible des coproductions et les moyens d’améliorer la situation

La coproduction des fictions européennes en débat à Séries Mania
(de gauche à droite) : Alexandra Lebret (Club des Producteurs Européens), Simone Emmelius (ZDF) et Michael Polle (TV - X Filme Creative Pool) lors du débat (© Marc Vidal/Séries Mania)

Si 23 % des films européens sont des coproductions internationales, seulement 13 % des séries le sont (et 7 % si l’on exclut les coproductions "linguistiques" comme France-Belgique ou Allemagne-Autriche). La Scandinavie est très ouverte aux coproductions des séries, l’Espagne et l’Italie assez peu et les petits pays européens ne coproduisent qu’avec des voisins plus grands dont ils partagent la langue. Tel est le constant de l’Observatoire Européen de l’Audiovisuel à partir duquel s’est déployé un passionnant débat organisé dans le cadre de Séries Mania Forum et modéré par Alexandra Lebret (directrice générale du Club des Producteurs Européens) pour qui "afin d’être compétitif avec les streamers, il faut coproduire et trouver des solutions". Une réflexion menée surtout autour de l’exemple du "bon élève allemand" qui coproduit beaucoup de séries en minoritaire. Morceaux choisis.

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Simone Emmelius (vice-présidente senior des coproductions et des acquisitions à la ZDF) : L’important n’est pas de savoir d’où vient l’histoire, mais qu’elle soit forte et qu’on pense qu’elle puisse attirer un public. Cela peut être l’Islande, la Croatie, la France, l’Allemagne, etc. Peu importe car ce qui compte c’est de partager une vision commune. Depuis trois ans, nous avons même doublé notre volume de coproductions. C’était plus compliqué il y a quelques années, mais d’une part nous avons une production locale importante, d’autre part c’est justement parce que ces coproductions sont différentes et nous permettent de cibler un public plus jeune, plus cosmopolite, plus intellectuel, un public que le diffuseur est menacé de perdre. C’est donc une opportunité de les attacher à notre marque car cela répond aux besoins de cette génération qui voyage beaucoup, qui ont des collègues de travail internationaux, etc. La réalité que nous montrons dans ces séries est déjà leur réalité.

Michael Polle (producteur, directeur général de TV - X Filme Creative Pool) : Le grand changement, c’est que les plateformes ont amené une grande facilité d’accès à des programmes du monde entier. Cette génération a grandi avec les sous-titres.

Julie Meldal-Johnsen (vice-présidente exécutive Global Content chez ITV Studios) : Il y deux styles de coproductions. Soit la rencontre de deux producteurs autour d’une même vision sans arrière-pensée de financement, soit une vision qui demande un budget trop important pour un seul diffuseur et qui doit trouver assez tôt un partenaire supplémentaire. Mais c’est plus facile d’obtenir un oui que deux. C’est un marché compliqué avec beaucoup de développement et de compétition. Il y a des sociétés de productions comme Cattleya ou les Danois de Apple Tree qui ont la coproduction dans le sang, et les streamers commencent à coproduire. Certaines de nos séries dramatiques à gros budget sont clairement destinées aux diffuseurs comme ZDF, France Télévisions, le service public en Australie, etc. Il y a aussi des coproductions entre BBC et Netflix avec une répartition des fenêtres d’exclusivité.

Coproduire avec un streamer ? S’ouvrir à des financements de type "private equity" ?
Michael Polle : Aujourd’hui, il ne peut pas y avoir de règles sur avec qui travailler. Furia (coproduit avec la Norvège) par exemple associe la plateforme Viaplay en Scandinavie et le diffuseur public ZDF en Allemagne. Quand nous avons fait Babylon Berlin, nous avons monté une coproduction entre une pay TV (SKY) et un diffuseur public (ARD). Mais si un projet a un budget trop élevé pour être une coproduction ou si la vision créative correspond davantage aux plateformes, nous discutons avec Netflix, Amazon, etc.

Un éventuel financement en "private equity" ? C’est trop compliqué car quand on met en place une coproduction avec des soutiens publics, c’est assez difficile d’intégrer le "private equity" : ils veulent leur retour sur investissement le plus rapidement possible et quand on connait la cascade qu’impliquent les coproductions, je pense qu’il n’y a pas de place actuellement pour ce type de financement.

En Allemagne, nous avons maintenant un fonds qui a été initié par le ministère de l’économie et pas par celui de la culture. Pourquoi ? Parce qu’une recherche a révélé que les industries créatives ressemblaient beaucoup à l’industrie automobile en Allemagne. Donc nous sommes un facteur important de la bonne santé de l’économie générale du pays. C’est aussi un sujet politique à discuter dans toute l’Europe : nous ne sommes pas seulement des représentants de la culture. Sur un programme comme Babylon Berlin, nous avions 1500 employés au total sur la production. Avancer dans cette réflexion permettrait certainement d’augmenter les capacités de financement et de pouvoir mettre en place de vraies coproductions européennes.

Alexandra Lebret : Eurimages réfléchit à mettre en place un fonds pour les séries, le programme Media à de nouveaux outils pour améliorer le financement en faveur de cette industrie, en particulier sur le volet equity. C’est vrai que c’est compliqué actuellement de faire entrer un partenaire en "private equity", mais une solution pourrait être ce que fait Anton Capital avec Federation Entertainment en mettant de l’argent dans la société et non dans un projet spécifique.

Julie Meldal-Johnsen : Même si c’est difficile de coproduire avec Netflix et Amazon, il y d’autres streamers qui sont beaucoup plus flexibles.

Simone Emmelius : Cela dépend si l’on partage la même vision d’un projet qui soit respecté, et la manière dont nous travaillons avec les producteurs : sur un pied d’égalité en termes de responsabilités, en investissant dans le développement car nous savons que cela doit être financé. Si un streamer est dans le même état d’esprit, il n’y pas de problème à coproduire.

Michael Polle : Les budgets de production augmentent partout dans le monde, mais si on veut être compétitif avec un "tech streamer", il faut trouver de solutions. C’est pour cela que les professionnels sont de plus en plus ouverts concernant la structure de financement des projets. Le travail d’un producteur est de plus en plus la mise au point de ce type de structure, donc il faut être très bien informé de ce qui se passe dans le monde entier et discuter pour trouver la meilleure idée pour faire exister tel ou tel projet.

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