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CANNES 2021 Compétition

Critique : Memoria

par 

- CANNES 2021 : Le champion mondial du cinéma sensoriel, Apichatpong Weerasethakul, revient en grande forme, bien soutenu par Tilda Swinton et une végétation colombienne particulièrement luxuriante

Critique : Memoria
Tilda Swinton et Daniel Giménez Cacho dans Memoria

Une chose paraît claire en voyant Memoria [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, c'est qu'on peut sortir le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul de son élément, mais pas l’inverse. Comme ce nouveau film est son sixième long-métrage qui joue au Festival de Cannes, et le troisième sélectionné en compétition, ses admirateurs présents sur la Croisette n’attendront rien de moins. Enfin si, à vrai dire : avec ce champion mondial du cinéma sensoriel, il s'agit toujours d'être le plus minimal possible. Le film, une coproduction entre la Colombie, la France, l’Allemagne, le Mexique, la Thaïlande et le Royaume-Uni, a été tourné en Colombie, où l'on trouve des endroits très "à la Weerasethakul", avec le ressenti qui va avec, tout du long.

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Dès le tout début, peuplé de sons qui font qu'on tend à regarder le plafond du cinéma en cherchant des fuites possibles, des atmosphères sont établies. Un fort bruit lourd évoquant le bruit d'une boule de béton, avec en plus un écho métallique émanant du coeur de la Terre, survient qui provient clairement de l’écran, tandis que le personnage qu'on suit est réveillé aux aurores, dans un état évident d'agitation. À partir de là commence un parcours d'exploration de l'âme, tandis que notre héroïne Jessica (une Tilda Swinton plus perplexe que jamais, qui s'exprime principalement en espagnol) entreprend une quête pour comprendre quel est ce grondement récurrent qu'elle seule (et le spectateur) peut entendre, et qui joue avec son esprit. C'est une botaniste britannique qui travaille sur les effets des champignons sur les orchidées, venue rendre visite à sa sœur, qui vit à Bogotá et se trouve atteinte d’une maladie non spécifiée. Mais tandis que le problème sonore de Jessica prend progressivement le pas, elle va devoir modifier ses priorités et tâcher de découvrir ce qui se trouve sous son crâne, littéralement.

Une visite d’un studio d'enregistrement lui permet d'accéder à un sample sonore dernier cri ("un corps frappe du duvet qui frappe une batte") qui imite parfaitement le bruit qui la poursuit, et quoique l'ingé-son soit excité à l'idée de l'utiliser avec son groupe, The Depth of Delusion Ensemble, Jessica elle-même décide de fouiller encore plus en profondeur. Elle se rend au cœur de l’Amazonie, rencontre un homme très doux qui écaille méticuleusement du poisson et partage gentiment sa vision de la vie. Bien qu'il n'ait jamais quitté son lieu de vie et n'ait jamais vu de film ni la télévision, cette forme de vie très proche de l'ermite (appelé Hernan, tout comme l'ingé-son) semble étonnamment calé en technologie et se décrit comme un "disque dur", alors que Jessica serait "une antenne". Leur échange curieux, très long, traite de la transmission des rêves, d'un état transcendantal de mort et une possible clémence à travers une révélation d’un autre monde (avec un possible hommage/une référence à... La Planète des monstres ?). Que l'homme soit une vision ou qu'il soit réel, cette rencontre pourrait bien parmettre de résoudre le problème de Jessica.

Quant à l'état de forme actuel de notre champion du cinéma sensoriel, on peut avancer sans craindre de se tromper qu’il est tout aussi excellent que d’habitude, et par moments, il se surpasse même. Il a trouvé en Swinton l'"antenne" parfaite et en Colombie, certaines des plantes les plus luxuriantes qu'on ait jamais vu sur pellicule 35 mm. Le parcours qu'on fait avec ce film, si on décide d'y participer, est du pur Apichatpong, unique et inviolé. Rien de moins. Enfin si justement.

Memoria a été produit par Illuminations Films (Royaume-Uni), Burning (Colombie) et Kick the Machine (Thaïlande) en collaboration avec Anna Sanders Films (France), Match Factory Productions (Allemagne), Piano Producciones (Mexique), X Stream Pictures (Chine), Iqiyi Pictures (Chine), Titan Creative Entertainment (Taïwan), Rediance (Chine), ZDF/ARTE (Allemagne), Louverture Films (États-Unis), Doha Film Institute (Qatar), la Fondation pour l'art contemporain de Pékin (Chine), Bord Cadre films (Suisse), Sovereign Films (Royaume-Uni), Field of Vision (États-Unis) et 185 Films (Thailande). Les ventes internationales du film sont gérées par The Match Factory.

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(Traduit de l'anglais)

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