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BERLINALE 2021 Panorama

Critique : Le monde après nous

par 

- BERLINALE 2021 : Louda Ben Salah-Cazanas témoigne de la précarité de la jeunesse d’aujourd’hui et des rêves des transfuges de classe dans un premier long romantique et plein de charme

Critique : Le monde après nous
Louise Chevillotte et Léon Cunha Da Costa dans Le monde après nous

En 1989, Un monde sans pitié d’Éric Rochant s’imposait comme le film emblématique d’une jeune génération parisienne désillusionnée. À sa manière modeste, mais juste et pleine de charme, Le monde après nous [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Louda Ben Salah-Cazanas
fiche film
]
, le premier long de Louda Ben Salah-Cazanas, dévoilé au Panorama de la 71e Berlinale, s’inscrit dans ce sillage pour la jeunesse pré-pandémique 2020 dont les rêves se heurtent de plein fouet à un paysage de loyers inabordables, de jobs presse-citron de livreurs Deliveroo et de marketing-client jargonnant imbibant jusqu’aux opticiens. Une précarisation et une pression sociétale grandissantes résonnant dans toutes les grandes métropoles du monde, certes irriguées par davantage de diversité, mais où trouver sa place est également complexifié par les codes de classe régnant aux différents étages d’un ascenseur social qui grince. Difficile donc de concilier idéalisme et amour, argent et réalité, sans tenter de prendre des raccourcis douteux, ou sombrer dans la mélancolie, voire le renoncement.

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Toutes ces grandes tendances sociologiques et ces petites nuances qui créent la véracité, le réalisateur réussit à les faire infuser à travers une histoire très simple (un drame romantique teinté de comédie) et à les incarner dans l’attachant personnage de Labidi (la révélation Aurélien Gabrielli). Originaire de Lyon où ses parents tiennent un café, ce fils d’une immigrée d’Afrique du Nord (Saadia Bentaïeb) et d’un local (Jacques Nolot) est monté à Paris pour ses études supérieures et il a récemment gagné un concours de nouvelles. Cornaqué par un agent et sur la foi des trois premiers chapitres, le jeune homme voit son premier roman (sur la guerre d’Algérie) optionné par une maison d’édition. Il a maintenant six mois pour rendre son manuscrit. Mais il doit aussi et surtout gagner de quoi vivre, d’autant plus qu’il tombe amoureux d’Élisa (Louise Chevillotte, déjà appréciée chez Philippe Garrel), une étudiante lyonnaise. Pour la persuader de venir partager son existence parisienne, Labidi doit absolument trouver un appartement plus grand (donc beaucoup plus cher) que le studio où il s’entasse avec son ami Alekseï (Léon Cunha Da Costa). Mais de cartes bleues bloquées en petits vols alimentaires, de dossiers de candidature falsifiés en arnaques à l’assurance, en passant par les jobs alimentaires de livreur à bicyclette ou de vendeur de lunettes, l’obsession de l’argent et le rythme harassant du quotidien finissent par fragiliser et étioler les désirs, l’ambition, la confiance et l’inspiration. Quel avenir et quelles valeurs reste-t-il à Labidi qui a le sentiment douloureux de n’appartenir à rien ?

Le sujet de passage à l’adulte est un classique maintes fois revisité, mais c’est justement sur ce terrain volontairement non ostentatoire que Louda Ben Salah-Cazanas démontre une vraie profondeur de sensibilité, de finesse et de bienveillance, réussissant à faire rire et s’attendrir des efforts et des déboires de son personnage sans jamais tomber dans l’hyper-dramatisation, mais sans dévier non plus de son fil d’implacable miroir sociétal. Un premier long à très petit budget dénué de prétention, mais non de talent et de romantisme, et qui sait discrètement et parfaitement cultiver sa différence. "C’est quoi cette musique ? - C’est la vie."

Produit par Les Idiots avec 21 juin Cinéma, Le monde après nous est vendu à l‘international par Be For Films.

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