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SAN SEBASTIAN 2020 Compétition

Critique : Été 85

par 

- François Ozon revisite les passions romantiques de l’adolescence avec une justesse et une grande fraicheur émotionnelle ciselées dans la maîtrise de son art cinématographique arrivé à maturité

Critique : Été 85
Benjamin Voisin et Félix Lefebvre dans Été 85

L’exacerbation des désirs et des sentiments, l’intensité démultipliée des instants au point que chaque seconde prend des dimensions de bulle intemporelle, l’entrechoquement d’émotions contradictoires, les secrets partagés et les pactes, la quête de l’autre en miroir de l’amour, le flirt avec les risques et la zone électrique où s’entremêlent Eros et Thanatos, le tout dans le cadre d’un quotidien le plus banal qui soit, entre parents, lycée, vacances et plans d’avenir hésitants : l’adolescence est l’âge de la plongée dans l’inconnu, des transitions nébuleuses, des joies instinctives et des souffrances profondes, le temps du romantisme par excellence.

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C’est cet état bouillonnant et ses parfums évanescents que François Ozon a voulu retrouver avec Été 85 [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, labellisé Sélection Officielle Cannes 73, lancé dans les salles françaises le 14 juillet par Diaphana et qui fera sa première internationale en compétition au 68e Festival de San Sebastian. Un bain de jouvence dans le "teen movie" qui n’avait rien d’évident à priori avec les périls notamment de déraper dans la nostalgie ou de fausser la perception dilatée du présent, mais dont le réalisateur tire brillamment parti pour signer une oeuvre très universelle, un récit reposant sur des ressorts sensoriels simples et racontée d’une manière discrètement sophistiquée.

"L’histoire d’un cadavre que j’ai connu quand il était vivant et comment il est devenu un cadavre". Nous sommes au Tréport, une petite cité balnéaire normande avec ses plages de galets et ses falaises. Alexis (Félix Lefebvre), 16 ans, encadré par des gendarmes et bientôt confronté à une éducatrice le suppliant d’expliquer ce qui s’est passé, remonte le fil des évènements à travers l’écriture. Entre donc en scène le futur cadavre, David (Benjamin Voisin), 18 ans, surgissant sur l’océan déchaîné et sauvant Alexis de la noyade après un naufrage. Le premier est aussi charismatique, bienveillant, indépendant, entrainant, joueur, un peu fêtard, aimant rouler à tombeaux ouverts sur sa moto et laissé très libre par sa mère (Valeria Bruni-Tedeschi) que le second est en pleine incertitude, introverti et tendu, relativement mal à l’aise avec sa propre famille d’extraction ouvrière (Isabelle Nanty et Laurent Fernandez). S’ensuit une idylle passionnée, un premier amour flamboyant pour Alexis nourri de serments "à la vie à la mort" et de battements de cœur qui semblent à l’unisson. Mais David a le goût des montagnes russes et survient très vite "le commencement de la fin"…

En transposant le roman La danse du coucou d’Aidan Chambers dans la France du milieu des années 80 et en y injectant une part de souvenirs personnels, François Ozon crée un mélange au charme puissant, imbriquant réalisme et romanesque, travaillant habilement le suspense avec des fausses pistes et les atmosphères avec le grain très incarné du Super 16. Un assemblage d’orfèvre sous le soleil estival et dans les nuits du bord de mer, qui restitue à merveille les paradoxes de la légèreté et de la gravité, les seuils tumultueux franchis par l’amour adolescent, dans cette sorte d’ivresse (dangereuse) de la pureté de l’oxygène raréfiée offerte par les coups de foudre et leurs nouveaux territoires.

Produit par Mandarin Production, Été 85 a été coproduit par Foz, par France 2 Cinéma, par les Belges de Scope Pictures et par Playtime qui pilote aussi les ventes internationales.

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