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NIFFF 2020

Critique : Poissonsexe

par 

- Dans son 3e long-métrage, Olivier Babinet nous montre un monde dangereusement proche de l'effondrement où seul l'amour peut encore nous sauver

Critique : Poissonsexe
India Hair et Gustave Kervern dans Poissonsexe

Malgré une salutaire dose d’humour et un surréalisme qui envahit tous ses films, Olivier Babinet n’a certainement pas peur d’imaginer un futur plutôt inquiétant, incertain et en mutation constante, mené par des antihéros déprimés dont se dégage indéniablement la fascination de la décadence. Un autre trait qui caractérise son cinéma est la volonté de mettre en scène des problématiques sociales souvent incommodes : l’adolescence dans les banlieues filmées dans le documentaire Swagger [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, présenté à l'ACID de Cannes en 2016, et l’écologie dans le cas de son nouveau film, le tout à fait fascinant Poissonsexe [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, sélectionné à cette édition du NIFFF.

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Le monde va mal : les poissons sont pratiquement éteints et les mers et les océans semblent des cimetières sous-marins. Tandis que les scientifiques du monde entier cherchent désespérément une solution à un problème devenu planétaire, Daniel Luxet, un biologiste français (formidablement interprété par Gustave Kervern) cherche à redonner aux poissons l’envie de copuler. Ironiquement, son travail tourne autour de la reproduction alors que lui-même est célibataire et obsédé par un désir de paternité qu’il n’arrive pas à satisfaire, se complaisant dans une solitude qui devient progressivement une prison. Un jour, de manière inattendue, quand il capture par hasard un poisson à la forme étrange ou pour le moins ambiguë qu’il va appeler Nietzsche, il rencontre Lucie (une surprenante India Hair), une jeune femme qui le pousse à affronter ses peurs et les absurdités de son existence. Cette rencontre fortuite va avoir une série de conséquences qui vont amener notre biologiste solitaire à comprendre ce qui lui manque vraiment et quelle est la voie inattendue vers un bonheur qu'il s'est peut-être toujours refusé.

Dans cette surprenante comédie romantique teintée d'ambiance apocalyptique, Babinet aborde le thème de l’écologie mais aussi, et surtout, celui de la paternité et de la masculinité stéréotypée de manière vraiment surprenante. Avec humour et poésie, Poissonsexe (plus qu'un titre : une garantie) met en scène des personnages à fleur de peau, de magnifiques losers perdus dans un monde qu'ils ne comprennent plus, mais habités par une soif de tendresse qui les rend invincibles. Si le monde, en effet, se rapproche progressivement de l’abîme, Daniel et Lucie tentent de trouver dans l’amour une issue pour éviter la destruction. Malgré le fait qu'il s'articule autour d'une histoire d’amour immanquablement hétérosexuelle quoique délicieusement improbable, Poissonsexe évite les clichés liés à la procréation et à la soi-disant "masculinité". Babinet met en effet en scène un personnage aux prises avec les absurdités d’une masculinité construite socialement qui pousse à croire que le bonheur est l'apanage exclusif de ceux qui sont pères et des couples hétéronormés "standard". Daniel se rend compte progressivement de cette prison autour de lui, et qu'il mène un combat absurde vers une normalisation qui, au fond, ne lui procure pas le bonheur qu’il désire tant.

Babinet semble vouloir nous ouvrir les yeux sur un monde "différent" qui détruit pour ensuite recréer, sans règles ou mieux avec des règles différentes, plus créatives et stimulantes. La relation entre l’homme et l’animal est elle aussi remise en cause, analysée et mise en scène avec une dose salvatrice de fantaisie et de créativité. Daniel, chercheur et scientifique renommé, se laisse dépasser par un anthropomorphisme qui le conduit à interpréter à travers le filtre des sentiments humains les actions de son protégé, le poisson Nietzsche (qui appartient à l'espèce axolotl). Entre les deux se crée une relation d’amitié et d’entente qui va bien au-delà des différences d’espèce, un lien profond qui n’a pas besoin de mots pour s'exprimer. Poissonsexe nous fait comprendre que la disparition de l’espèce humaine entraînera avec elle la disparition d’une certaine beauté et d’une candeur impossible à combler. La diversité (sous quelque forme qu'elle se présente : sexuelle, genres, espèces) de la planète doit être gardée et valorisée parce que c’est elle qui transforme le monde en un lieu de rêve.

Poissonsexe est une coproduction entre Comme des Cinémas (France) et Tarantula Belgique. Les ventes internationales du film ont été confiées à Indie Sales.

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(Traduit de l'italien)

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