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CANNES 2020 Marché du Film

Le Marché du Film explore le fait que les festivals doivent continuer de jouer le même jeu tout en allant en ligne

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- CANNES 2020 : Lors de la discussion “Les premières festival pendant le Covid-19: streamer et masquer ?”, Daniela Elstner et Elise Jalladeau ont affirmé qu'on a tous besoin de la culture

Le Marché du Film explore le fait que les festivals doivent continuer de jouer le même jeu tout en allant en ligne
Les participants à la discussion

Tourmentée par des problèmes techniques constants, la discussion du Marché du Film de Cannes "Les premières de festivals pendant le Covid-19 : streamer et masquer ?” a débuté sur un ton plutôt optimiste malgré tout. "Ce qui est bien avec la crise, c'est que tous les jours, nous faisons face à de nouvelles choses. Aujourd'hui, c’est notre animatrice qui a des difficultés à nous rejoindre", a plaisanté Daniela Elstner, la directrice générale d'Unifrance, tandis que Maria-Silvia Gatta, de la Commission européenne, était introuvable. "Nous allons être le premier webinaire à présenter la modératrice !", a ajouté Elise Jalladeau du Festival de Thessalonique. Salutations à ces innovatrices !

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Tout en décrivant les manières dont leurs manifestations respectives ont réagi à la crise, elles ont aussi partagé leurs pensées sur la manière d'améliorer les choses : "En se tenant au courant entre nous et en étant solidaires", a souligné Elstner. Unifrance, qui organise un festival en ligne en janvier, l'a réactivé pendant un mois, en interviewant les artistes ("qui avaient du temps, ce qui était une bonne chose. Peut-être même trop de temps !"), en demandant aux journalistes de se filmer et de recommander des films français disponibles dans leur pays, et en organisant une table ronde hebdomadaire. Le Festival du documentaire de Thessalonique, qui était censé débuter en mars, a immédiatement mis en ligne son volet industrie, reportant le programme festival au mois de mai. "Nous espérions être de retour dans les salles, a avoué Jalladeau. Finalement, nous nous sommes rendu compte que nous devions aller en ligne, et entre ces deux dates, nous avons contacté les réalisateurs et le public.". Le festival a aussi programmé sur leur chaîne YouTube des courts-métrages réalisés par des réalisateurs grecs prometteurs (lire l'article). Elstner a qualifié cela comme étant '"l’une des plus belles initiatives que j'ai vues durant le confinement. C'est du cinéma à l'état pur".

Soutenue par des amis du festival, comme Denis Côté, Radu Jude et Ildiko Enyedi, cette édition en ligne s'est avérée être un succès. "Ce fut une sorte de libération pour nous, pour les réalisateurs et aussi, je l'espère, pour le public." Mais Jalladeau a décidé d'aller un peu plus loin encore. "En parlant de solidarité, nous avons commencé une série de discussions avec nos collègues d'autres festivals. Basculer vers un festival en ligne, ce n'est pas exactement comme avoir une édition physique. En ligne, tout est possible, il faut donc élaborer un plan". Parmi les problèmes qui sont survenus figure le blocage géographique. "Nous ne sommes pas les seuls joueurs dans la cour, et ce n'est pas dans l'intérêt des agents commerciaux et des détenteurs de droits. Si nous ne faisons pas de géoblocage, alors la première nationale n'a pas lieu. Et s'il n'y a pas de première, nous devons revenir à l'essence du festival. Peut-être cette notion va-t-elle devenir complètement démodée ?"

Le festival s'est associé à des événements comme les festivals de Sarajevo et Tallinn sur le "Plaidoyer pour un pacte des festivals ayant pour fin de soutenir et protéger l'écosystème audiovisuel dans un environnement numérique", qui tente d'établir des règles pour les événements en ligne. Ils soulignent l'importance, effectivement, de géo-bloquer et d'assouplir les règles pour les premières internationales (pour les films qui ont déjà eu une première en ligne). "Nous avons considérablement augmenté notre audience, mais c'était un essai. De plus, les tickets étaient gratuits, ce qui ne sera pas le cas à l'avenir. Ce ne serait pas viable", a dit Jalladeau. "On m'a dit que certaines projections du marché de Cannes étaient bien plus soignées que leurs équivalents sur place, donc certains films ont fait le buzz. Ne me demandez pas comment, mais ça marche", a ajouté Elstner. "C'est une bonne nouvelle, pour moi. Les films, quand ils sont forts, touchent clairement les gens, et ça donne envie à ces derniers d'en faire plus avec eux, ou pour eux." En revanche, cette curieuse histoire de "première virtuelle" reste non résolue.

"Je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que c'est un moment magique pour tous les réalisateurs de films. Il y a le silence et les applaudissements, vous ressentez les émotions dans la salle", a dit Elstner, qui a également demandé comment les futurs festivals hybrides, comme celui de Toronto, traiteront le problème. "Nous avons besoin de connaître notre public ainsi que la notion de première, mais les festivals dépendent aussi de l'argent local. On m'a très souvent demandé : 'Pourquoi les festivals ne travaillent-ils pas tout simplement ensemble ?' Le mot 'solidarité' semble facile à dire, mais la chose est bien plus compliquée à mettre en pratique".

"Si vous discutez avec des gens de l'industrie du court-métrage, ils disent : 'Nous n'avons pas besoin d'une première, nous voulons que notre court soit vu'. C'est une philosophie complètement différente", a ajouté Jalladeau. "Et puis il y a les longs, dont l'objectif est d'aller dans les salles, et c'est ça le défi. La première doit être physique, sauf si vous vendez le film à Netflix, mais nous ne sommes pas une plateforme". C'est pourquoi le besoin de règles est essentiel. "Nous devons jouer le même jeu."

Heureusement, bien que de nouveaux problèmes se présentent (une mauvaise connexion internet pour l'une d'entre elles), les équipes apprennent à les appréhender. "'Devrait-on foncer ? Ou devrait-on continuer à faire profil bas ?' Nous étions sept dans la salle, et nous avions sept réponses différentes", a dit Elstner, faisant allusion au casse-tête du 10e Rendez-vous avec le nouveau cinéma français de Rome, qui doit désormais se tenir dans le cinéma de plein air de Nanni Moretti. "Je suis reconnaissante envers mon équipe du fait que, même quand nous ne sommes pas d'accord, nous essayons de comprendre quel est notre devoir. Nous devons aider les films, être présents pour les réalisateurs et nous rendre utiles. Mais il faut définir cette 'utilité'. La culture doit faire partie de la politique européenne, car elle nous rassemble. Nous avons le soutien du public, et nous devons continuer de dire que nous en avons besoin. Ensemble, nous pouvons remodeler l'Europe dont nous avons besoin à l'avenir".

"Nous ne pouvons pas nous contenter de faire du copier-coller ; nous devons complètement nous réinventer, a approuvé Jalladeau. Sans culture pendant le confinement, nous serions morts. Nous mangions, mais nous nous 'nourrissions' également de musique, de livres, de films et de séries. Cela fait partie de notre vie quotidienne, tout comme le pain !"

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(Traduit de l'anglais par Chloé Matz)

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