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BERLINALE 2020 Generation

Critique : Las niñas

par 

- BERLINALE 2020 : Le premier film de Pilar Palomero recrée en détails, avec sensibilité, l'environnement répressif dans lequel ont grandi trop de jeunes Espagnoles à la fin du XXe siècle

Critique : Las niñas
Andrea Fandos dans Las niñas

Les médias espagnols décrivent Las niñas [+lire aussi :
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comme l'Été 1993 [+lire aussi :
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de cette saison. Il est vrai que ce film précieux de Pilar Palomero, originaire de Saragosse, partage avec celui de Carla Simón (en plus d’avoir la même société de production et du fait que les deux ont été dévoilés à différentes éditions du Festival de Berlin) la particularité d’être également le premier long-métrage d’une cinéaste prometteuse. Par ailleurs, ici aussi la réalisatrice évoque le monde juvénile/infantile, et l’action se passe pratiquement à la même époque : pendant les années 1990 en Espagne, la décennie de l’éclosion qu’a supposé la célébration des Jeux Olympiques de Barcelone et l’Exposition Universelle de Séville. Mais ceci (la modernité qui vient) n’est que la toile de fond, ce que les personnages voient et entendent à la télévision, cer le film raconte des intimités adolescentes, des conflits familiaux, des climats sociaux et des émotions contenues dans une époque encore entravée par une mentalité fruste, héritée des années obscures du franquisme.

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Pour quelqu’un qui serait habitué à consommer du cinéma commercial, strident et ultra rapide, ce film pourra sembler morose : son action est minimale, aussi quotidienne que faire ses devoirs, que de mettre du rouge à lèvres pour la première fois ou de jouer dans la cour de récréation. Mais jusque dans la description de ces routines, il y a un propos sous-jacent, un fond et une intention : dévoiler un pays contradictoire qui continuait d’éduquer ses futures femmes dans un machisme assumé et accepté, dans la répression sexuelle et le conformisme.

Celia, l’héroïne (on fait ici la magnifique découverte de la très expressive Andrea Fandos), est la fille d'une mère célibataire (incarnée par Natalia de Molina). Elle grandit et à mesure que son corps change, des doutes de toutes sortes commencent à altérer ses pensées. Elle n’accepte déjà plus les mensonges et silences dans lesquels se réfugie sa mère dès qu’elle se met à poser des questions, par exemple sur ses origines. De plus, les temps sont vraiment en train d’évoluer, bien qu’on ait l'impression que son environnement, surtout le collège de bonnes sœurs où elle étudie, fait tout son possible pour freiner l’inévitable. L’arrivée en classe d’une nouvelle camarade va amener de l'air frais dans sa petite prison personnelle.

Las niñas s'ouvre sur une scène magnifique et se conclut sur une autre qui est le contrepoint parfait de la séquence initiale. Entre les deux, avec une caméra toujours attentive au regard de Celia, on aura accompagné les jeunes filles dans leurs insomnies, leurs doutes et leurs angoisses. Et il semblera facile à quelqu’un qui a grandi pendant les années 1980 et 1990 du siècle passé de se reconnaître ou de s’identifier aux amies, sœurs et voisines dont on fait la connaissance dans Las niñas.

De plus, tandis qu’on regarde le film, on pense à des titres comme le mythique Cría cuervos de Carlos Saura ou le récent Ojos Negros [+lire aussi :
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, par le duo Marta Lallana-Ivet Castelo, dont ce film partage la fraîcheur, le talent et l’authenticité. Mais avant tout, ce premier film de Pilar Palomero établit bien que ce n’est qu'en se rebellant individuellement, comme finit par le faire son personnage central, qu'on parvient à ce qu’une génération de femmes parvienne à s'épanouir pleinement et puisse aujourd’hui remettre en cause cette époque (heureusement) passée.

Las niñas est une production d'Inicia Films, BTeam Prods et Las Niñas Majicas A.I.E.. Les ventes à l'étranger du film sont gérées par Film Factory Entertainment.

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(Traduit de l'espagnol)

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