email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

BERLINALE 2020 Panorama

Critique : Nardjes A.

par 

- BERLINALE 2020 : Karim Aïnouz, lauréat du Prix Un Certain Regard 2019, propose un documentaire empirique qui suit une journée de la vie de l'opposante au régime algérien Nardjes Asli

Critique : Nardjes A.

Le documentaire Nardjes A. [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
de Karim Aïnouz, présenté au 70e Festival de Berlin dans la section Panorama, suit Nardjes Asli, 26 ans, à une marche de protestation organisée en Algérie le 8 mars 2019, pour la Journée internationale de la Femme. Nardjes est une actrice qui vit à Bachdjerrah, un quartier ouvrier d’Alger, et travaille à temps partiel dans un café-théâtre. Son père était un communiste, ce qui lui a valu des ennuis, et nous donne le sentiment que Nardjes est née pour se rebeller. C’est un personnage avec un attrait universel, et un sens de la mode qui aurait sa place à Londres ou Paris. Ce qui est le plus séduisant chez elle, c'est sa détermination, sa débrouillardise et son désir de créer une société meilleure. Tout cela en fait une guide idéale pour raconter l’histoire du Hirak ("mouvement" en arabe), un mouvement de protestation né le 16 février 2019, quand le président Abdelaziz Bouteflika a décidé de se présenter pour un cinquième mandat, de manière inconstitutionnelle.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

La décision d'Aïnouz de se concentrer sur une journée dans la vie de Nardjes, de ses activités matinales habituelles au dîner, suivi d'une nuit à danser avec ses amis, et un peu de manifestation dans l'intervalle, est intelligente. Elle offre au public un symbole du futur. Les contraintes de temps et le motif de la vie comme étant plus vaste que l’individu évoquent un peu Cleo de 5 à 7 d'Agnès Varda.

Ce documentaire est une oeuvre exécutée de manière experte sur le plan technique, et ceci malgré le fait qu’elle a été tournée sur smartphone. Un gros travail a manifestement été fait sur la post-production, ce qui donne au film une vraie valeur ajoutée grâce à la production, notamment grâce au design sonore de Sebastian Morsch. Dans la première scène où on voit les manifestants, le niveau de décibels est tellement élevé qu’il nous permet de sentir l’ampleur et la taille du mouvement. Tout se calme ensuite, au moment des prières du vendredi qu'on voit les gens faire dans la rue, dans une des seules séquences où Nardjes n'est pas au centre de l'attention de la caméra. L'idée est de nous montrer combien la religion fait partie de cette société, sans trop s'attarder là-dessus. Aïnouz suggère l’histoire politique plus vaste qui englobe ce qui se passe là en Algérie sans trop rentrer dans le détail. On sent même de la joie dans cette manifestation, même quand il est clair que les choses pourraient s'envenimer à n’importe quel moment.

Le fait de tourner le film sur un portable a permis de contourner les tentatives d’empêcher les organisations officielles et les réalisateurs de filmer les manifestations. Le soir, le film change de vitesse, au début autour d'un dîner puis dans un night-club. Ce sont des moments de joie et de promesses. La force du film est son aspect empirique : on a l'impression d'être au coeur de la manifestation. En même temps, l'impression plane à chaque instant que les manifestants ne cherchent qu'un changement structurel qui requiert que la branche législative ait un véritable pouvoir démocratique légitime, pas une nouvelle philosophie politique. Au moment où Nardjes danse, d'autres sont peut-être en train d’imaginer des manières de tourner ce mouvement à leur avantage. Ce film est un excellent portrait d’un personnage dans une situation extrême, mais le fait qu'il ne s'aventure pas plus en profondeur dans la dimension politique le rend un peu mince, surtout si on cherche à avoir un bon aperçu de la situation de l’Algérie en général.

Nardjes A. est une coproduction entre l’Algérie, la France, l’Allemagne et le Brésil qui a réuni les efforts de MPM Film, Watchmen Productions, Show Guest Entertainment et Inflamãvel, en coproduction avec Canal Brasil. Il a été développé à l'atelier Final Cut de Venise. Ses ventes internationales sont assurées par MPM Film.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy