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IFFR 2020 Compétition Tiger

Critique : El año del descubrimiento

par 

- Dans son 2e film, Luis Lopez Carrasco donne voix aux victimes peu connues de la fameuse année 1992 en Espagne ; un documentaire qui propose une relecture de l'Histoire et revendique la vérité

Critique : El año del descubrimiento

1992 a été une année décisive pour l’Espagne : cette année là, grâce à deux événements d’importance considérable autour desquels il y a eu beaucoup de publicité et de médiatisation, l’Exposition Universelle célébrée à Séville, à l'occasion des 500 ans de l’arrivée de Christophe Colomb sur le continent américain, et les Jeux Olympiques de Barcelone, non seulement on a construit des infrastructures qui ont permis au pays d’avancer, mais on a aussi et surtout replacé ce dernier à l’épicentre de la carte mondiale, tout en le catapultant vers la modernité, le néolibéralisme et le progrès. Cependant... qu'est-il arrivé au reste de la péninsule ibérique pendant cette même période ? El año del descubrimiento [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
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, deuxième long-métrage de Luis Lopez Carrasco après le titre encensé El futuro [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, se charge de le dévoiler, sans mâcher ses mots. Ce documentaire a été présenté ce 24 janvier en compétition au Festival international de Rotterdam.

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S'il y a un espace public qui se prête au dialogue et la discussion, c’est bien un bistrot : c'est justement dans un bar (le "Café-churrería Tana, déjeuners et casse-croûte”), situé dans la ville de Carthagène (région de Murcie) que Lopez Carrasco a tourné la plus grande partie d'El año del descubrimiento (litt. "l’année de la découverte", titre ironique et ambigu s'il en est). Ses employés et sa clientèle (dont beaucoup ont une cigarette à la main (comme c'était possible dans les lieux couverts à l’époque dont parle le film, à présent en infraction avec la loi – un petit geste de rebellion qui se transforme en militantisme libertaire contre les règles imposées) parlent avec le cinéaste de la situation sociale actuelle de la région où ils vivent, de ce qui s’y est passé en 1992 et des conséquences des graves conflits qui ont eu lieu alors, dont on a à peine informé le reste de la nation.

Parce que pour le gouvernement espagnol, dévoiler l’image crue d'une zone en conflit simultanément au brouhaha, au faste et à la célébration allait contre la splendeur de la version officielle : et c’est pour cela qu’on l'a tue. Lopez Carrasco, enfant à l’époque, colle avec ce film une gifle à l'histoire officielle en laissant les témoins et protagonistes de ces événements occultés depuis le haut exhumer eux-mêmes des vérités. Ainsi, pendant trois heures (à peine saupoudrées de quelques images d’archives extraites des journaux télévisés et de quelques annonces télévisées louant les investissements faits en direction de la Catalogne et de l’Andalousie), au moyen d'un écran scindé en deux et d'un traitement de l’image qui la rapproche des vidéos amateurs de la fin du siècle passé (le film a été tourné sur un camescope Hi8, appareil que beaucoup de gens utilisaient dans les années 1990), de nombreuses voix réclame une justice historique qui leur est due.

Les caméras de l’équipe du film, d'une proximité amicale et confiante, font du spectateur un autre client de ce bar bruyant qui sent la frite et le tabac, melting pot où se retrouvent toutes les classes sociales, tous les âges, des manières distinctes de comprendre le monde et des idées politiques très différentes entre elles. Ces personnes analysent le présent et reviennent sur le passé avec l’humilité, la sincérité et le sens de la vérité des modestes citoyens, dénudant l’Histoire et la réécrivant sans être guidées par l’intérêt, le cynisme et les manières manipulatrices des classes dirigeantes, qu’elles soient de droite ou de gauche.

El año del descubrimiento, scénarisé par Carrasco et Raúl Liarte, a été produit par LaCima Producciones (Espagne) et Alina Film (Suisse), avec le soutien de l'ICAA et de la Ville de Carthagène. Le film sera distribué en Espagne par Begin Again Films. Ses ventes internationales sont assurées par LaCima Producciones.

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(Traduit de l'espagnol)

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