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BLACK NIGHTS 2019 Compétition films baltes

Critique : Other Side of Silence

par 

- Ce nouveau film du Lituanien Algimantas Puipa est un récit au rythme lent, avec une grosse charge émotionnelle, sur deux frères à couteaux tirés

Critique : Other Side of Silence

“En vieillissant, mais surtout après avoir passé du temps avec des gens qui sont très malades, j'en suis venu à comprendre qu’il n’y a rien de répugnant dans le corps humain", a dit l’auteur suédois Torgny Lindgren sur son roman Sweetness, qui a servi de base au 21e film d'Algimantas Puipa (Whisper of Sin, Forest of the Gods), Other Side of Silence [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, qui a été projeté récemment au Festival Black Nights de Tallinn, dans le cadre de la Compétition Films baltes.

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L’histoire du film tourne autour de deux frères, Einar (Juozas Budraitis) and Kaspar (Povilas Stankus), qui se battent pour que leurs corps souffrants continuent de fonctionner, par fierté et par dépit l’un envers l’autre. Quand Isabela (Viktorija Kuodytė), une écrivaine d’âge moyen qui s’est donné pour mission d’écrire l’histoire de Saint Christophe, entre dans leur vie, les détails de leur relation pleine de haine commencent doucement à apparaître. Le film est d’un rythme lent et poétique, qui attire progressivement le public dans son univers maussade et mystérieux.

Einar et Kaspar vivent dans des fermes sur une île lointaine, séparées par une rivière. Ces dernières sont pleines d’objets d'un autre temps : meubles, décoration, et bien sûr les deux hommes eux-mêmes. Les frères sont trop occupés à se détester pour se concentrer sur quoi que ce soit d’autre. Et même si leur corps sont faibles, il y a quelque chose de potentiellement menaçant dans leur haine. L’atmosphère est chargée d'une tension qui vient de leur amertume, mais aussi de leur solitude, des regrets et de la langueur, et on a l’impression que le temps s’est arrêté. Le passé est toujours présent.

Au milieu de tout cela, il y a Isabela qui, ayant été happée dans cet environnement toxique, s'occupe de manière totalement altruiste et naturelle des frères : de leur corps et de leurs âmes. Saint Christophe aidait les gens qui "voulaient être prêts pour mourir", dit-elle, et il a porté Jésus à travers l’eau, avec tous les péchés du monde sur ses épaules. En partageant son temps entre les frères, en écoutant leurs histoires et on s’occupant d'eux, Isabela devient elle-même une sorte de sainte, les aidant à porter leur fardeau, qui consiste en des années de rancœur, et les préparant pour leur mort.

Comme le titre le suggère, il y a beaucoup de silence en toile de fond, parfois rompu par une musique d’ambiance irréelle. Mais Puipa se sert principalement de sons diégétiques, notamment des grognements, des râles, le bruit de l’urine qui coule, les frottements des pieds à peine fonctionnels d'Einar et Kaspar. Ces frères, on dirait qu’ils sont déjà morts, mais quelqu’un a décidé de redonner la vie à leurs carcasses exhumées. La fusion du présent et du passé, les cadrages plaisants pour l'oeil et la palette de couleurs sombre utilisée (parfois égayée par des éclaboussures chaudes et dorées provenant de sources de lumière) donnent au film l'apparence d'une peinture, de sorte qu'il dégage cette impression de réalité disloquée qu’on trouve dans les œuvres de réalisme magique.

Other Side of Silence a fait sa première internationale au Festival international scandinave en août cette année. Budraitis y a remporté le prix du meilleur acteur pour le rôle d'Einar, une interprétation bien complétée par les performances béton de Stankus et Kuodytė, tous les trois parvenant impeccablement à donner vie aux personnages compliqués et intrigants créés par Lindgren. Les eaux tranquilles ont des remous intérieurs profonds, il y a beaucoup plus de l’autre côté du silence qu’on ne le voit de prime abord. Ne soyez donc pas surpris si le lent film de Puipa, à la fin, vous frappe par la charge émotionnelle qu’il portait subtilement en lui tout du long.

Other Side of Silence est une production lituanienne de Studio Uljana Kim.

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(Traduit de l'anglais)

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