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ARRAS 2019

Critique : Free Country

par 

- Christian Alvart revisite efficacement le film espagnol La isla minima en plongeant deux enquêteurs en eaux troubles, dans une Allemagne fraichement réunifiée

Critique : Free Country
Trystan Pütter dans Free Country

"Je n’aime pas cet endroit. Des choses bizarres s’y produisent." Nous sommes dans les environs de Löwitz, non loin de la lagune de Szczecin qui fait office de frontière avec la Pologne, et surtout sur d’anciennes terres de la RDA, un détail essentiel au cœur de l’intrigue de Free Country de Christian Alvart dont l’action se déroule à l’automne 1992, donc deux ans seulement après l’officialisation de la réunification allemande. C’est donc au croisement de la grande Histoire et d’une géographie poreuse favorisant trafics et méfaits criminels que s’immerge le nouveau film du réalisateur de Antibodies ou encore de la série Dogs of Berlin. Un polar présenté en première internationale en compétition au 20e Arras Film Festival, qui est aussi un remake réussi, à la fois fidèle et néanmoins très différent, du remarquable La isla minima [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Alberto Rodríguez
fiche film
]
de l’Espagnol Alberto Rodriguez (qui avait écrit l’histoire originale avec Rafael Cobos). Car si les ingrédients de base sont bien les mêmes (deux policiers antagonistes enquêtant sur des disparitions de jeunes filles dans un territoire où règne l’insaisissable), Christian Alvart et son co-scénariste Siegfried Kamml ont concocté une recette aux parfums suffisamment personnels pour que leur relecture allemande se révèle aussi palpitante que leur source d’inspiration espagnole.

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Patricia et Nadine, deux soeurs âgées de 17 et 16 ans à la réputation de filles faciles, se sont évaporées deux jours auparavant. Elles ont été aperçues pour la dernière fois dans la nuit, montant dans une Golf, à la sortie de la ville animée par la fête foraine annuelle. Tel est le point de départ de l’enquête confiée à Patrick Stein (Trystan Pütter) et à Markus Bach (Felix Kramer), envoyés sur les lieux et associés pour l’occasion. Pour le premier, personnalité assez discrète, cette affaire est une sorte de mutation punitive puisqu’il a été envoyé à l’Est du pays en représailles de l’arrestation du frère de patron pour quelques grammes de cocaïne ("quelquefois j’ai l’impression que tout l’échelon supérieur est corrompu"), et qu’il se retrouve éloigné de sa femme proche de l’accouchement. Le second, un costaud très grande gueule et gros buveur, ne fait pas mystère pour sa part de son animosité à l’égard des conséquences de l’unification ("vous, de l’Ouest, vous achetez notre terre, à nous pauvres de l’Est, avec l’argent du crime"). Mais flics ils sont tous les deux, et en dépit de relations houleuses ("tes méthodes de la Stasi"), d’interrogatoires en indices menant à des pistes diverses, ils découvriront qu’un tueur en série opère dans la région depuis la chute du mur de Berlin et sans doute depuis bien avant…

Cadavres, photos érotiques inquiétantes, contrebandiers d’extasy, menaces, medium parlant aux morts, oiseau de mauvais augure, pavillon de chasse suspect, écoutes téléphoniques non autorisées, lourds secrets du passé, jeunes femmes rêvant d’ailleurs et proies faciles, etc. C’est comme une profonde infection généralisée qui s’infiltre dans les pores de l’enquête, avec en arrière plan un climat social tendu dans un contexte de désindustrialisation (menace de grève, ouvriers polonais acceptant de travailler au tiers des salaires). Un alliage de pression et d’étrangeté que Christian Alvart met en scène avec efficacité, bien aidé notamment par son duo d’acteurs principaux et par la musique anxiogène de Christoph Schauer.

Produit par Syrreal Entertainment, Free Country a été coproduit par Telepool qui le lancera dans les salles allemandes le 9 janvier 2020. Les ventes internationales sont assurées par Global Screen.

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