email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

TORONTO 2019 TIFF Docs

Critique : Mon cousin anglais

par 

- Le réalisateur suisse et algérien Karim Sayad observe avec minutie et élégance le quotidien d'un homme aux prises avec les dilemmes de la vie

Critique : Mon cousin anglais

Après Des moutons et des hommes [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, qui était son premier long-métrage documentaire, Karim Sayad revient au Festival de Toronto, dans la section TIFF Docs, avec son deuxième, long-métrage, l’intense Mon cousin anglais [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Karim Sayad
fiche film
]
, une odyssée humaine vers l’inconnu en quête d’un hypothétique bonheur. Que signifie le concept de "foyer" pour quelqu’un qui a décidé de laisser le sien ? Comment se construire un futur, une identité, dans un pays étranger qui devient petit à petit familier ? Mais surtout : est-il encore possible de revenir en arrière ? Karim Sayad aborde le thème délicat de l’exil avec un regard neuf, captivant et poétique.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Fahed, le cousin du réalisateur, est arrivé en 2001 en Angleterre, à Grimsby, la tête pleine de rêve. Presque vingt ans après, en 2018, au beau milieu d’une crise existentielle et sentimentale, il décide de changer de direction et de retourner vivre en Algérie, sauf que rien ne va se passer comme prévu ; des doutes ne vont pas tarder à émerger. La décision est vécue, mais jamais complètement métabolisée, malgré le fait que pour Fahed, elle semble nécessaire est inévitable. Deux options radicalement différentes se profilent à l’horizon : continuer à travailler 50 heures par semaine entre le restaurant de kebabs d’un compatriote et une usine d’électroménager, ou retourner en Algérie, une nation idéalisée qui semble à Fahed le nouvel Eldorado.

Dans son deuxième long-métrage, Karim Sayad observe intensément la vie de son anti-héros, aux prises avec le dilemme d’une existence qui perd peu à peu de son sens. Après presque deux décennies en Angleterre, un mariage en bout de route et un quotidien fait de dur labeur et de petits plaisirs (les immanquables moments où ils retrouve ses amis, qui sont aussi des travailleurs précaires), Fahed se réveille soudain d’un rêve qui commence à devenir un cauchemar. La cauchemar n’est pas tant celui des difficultés du quotidien que la conscience qu’il n'est plus aucun lieu qu'il puisse vraiment considérer comme sien. Emprisonné entre deux cultures, la culture anglaise, qu'il s'est battu pour assimiler (Fahed parle avec un accent du nord de l’Angleterre très reconnaissable), et la culture algérienne, qu’il envisage avec nostalgie mais avec laquelle il n’arrive plus vraiment à se sentir en concordance, Fared semble vivre dans un entre-deux pérenne.

Mon cousin anglais, qui s’articule en différents chapitres, comme une œuvre dramatique aux retournements inattendus, montre de manière frontale les difficultés d’un homme à la dérive qui lutte pour rester à la surface. Sayad observe dans le moindre détail la vie de son personnage, et il en révèle les nuances discrètes mais significatives, les moments apparemment fugaces mais intenses de bonheur, mais aussi les doutes existentiels qui d'inconfessables, se muent en un cri silencieux. "Quand tu étais en Angleterre, tu n’étais pas le même, tu ne me sembles pas du tout à ton aise ici", dit à Fahed sa tante déconcertée après son retour en Algérie. Qui est vraiment Fahed ? Qu’est-ce qu’il est devenu ? Son identité se limite peut-être à celle d'un immigré qui a tout sacrifié pour une "intégratione sans doute illusoire ? Le réalisateur, grâce aussi à de magnifiques plans-séquences qui semblent faire écho au dilemme solitaire de Fahed, ne prétend pas répondre à ces questions, mais cherche plutôt à observer sans juger un moment crucial de la vie de son cousin. Une présence surprenante et significative est ici récurrente : celle d’un renard mystérieux qui apparaît de temps en temps, la nuit, sur les routes désertes de Grimsby – métaphore, peut-être, d’une nature sauvage qui bien qu'elle ne soit pas à sa place, trouve malgré tout le moyen de survivre et, pourquoi pas, d’imposer sa propre "diversité" enrichissante.

Mon cousin anglais a été produit par la société genevoise Close Up Films, qui s’occupe aussi de ses ventes internationales, avec RTS.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.