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MUNICH 2019

Critique : Stay Still

par 

- Le premier long-métrage de fiction d'Elisa Mishto compose un univers et un personnage impénétrables auquel elle permet soudain, comme par un tour de passe-passe, de se rapporter

Critique : Stay Still
Natalia Belitski dans Stay Still

Après deux documentaires dont un réalisé pour le cinéma qui suivait trois patients psychiatriques et une infirmière (States of Mind, 2007) et le court-métrage primé Emma and the Fury (2017), Elisa Mishto a dévoilé en première mondiale au 37e Festival de Munich, dans les sections Nouveau Cinéma allemand et Cinecopro competition, un premier long-métrage de fiction dont le titre, Stay Still, résume le principe autour duquel son personnage, Julie (Natalia Belitski), organise son existence. Le mot "organiser" peut surprendre concernant une jeune femme qui n'a ni de métier, ni de proches, ni d'obligations concrètes (son héritage est géré par d'autres pour elle), c'est-à-dire qu'elle n'a aucune de ces choses qui sont généralement conçues comme des éléments structurants dans l'existence des individus, mais sa vie a bel et bien un axe directeur très clair, diaphane même, qui est un moyen et une fin, et consiste à "rester immobile".

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La consigne fait figure d'esthétique, telle qu'elle la formule quand on fait sa connaissance, allongée, vêtue de blanc et affublée de gants de ménage jaune vif, mais quand on découvre, dans l'institution psychiatrique où elle se laisse volontairement interner, qu'elle ne quitte pas lesdits gants depuis dix ans et que son enfance a été marquée par un traumatisme, on range sa conduite du côté de la pathologie. La cause médicale a l'avantage aussi de mieux nous faire accepter l'absence d'émotions totale qu'elle affiche invariablement, y compris devant les brasiers qu'elle cause dans ses moments pyromanes (mais quoiqu'ils semblent imprévisibles eux aussi, on parvient finalement à déceler un schéma qui rassure). Dans le cas de l'insondable Julie, la démence joue le rôle de justification à une logique trop nette et tranchée pour être humaine, trop peu humaine pour être viable... si tant est qu'on ait envie de faire partie du monde et de la communauté, or notre froide héroïne n'en a pas l'intention.

L'immuabilité de l'existence de Julie est bousculée quand on lui assigne une infirmière responsable, Agnes (Luisa Céline Gaffron), dont le quotidien, qu'on se met à suivre en parallèle, semble à l'opposé du sien, mais non moins dysfonctionnel : en tant que mère comme en tant qu'épouse et membre du corps soignant, Agnes est débordée, d'autant plus qu'elle est tourmentée par un sentiment de ne pas être à la hauteur qui lui donnerait presque envie de tout lâcher. La rencontre entre les deux femmes et les affinités qu'elles se sentent, étrangement, vont précipiter leurs deux parcours dans une direction encore plus radicale qui donne un tout autre sens à ce qu'on a vu jusque là, et fait basculer le film dans un genre différent.

Alors qu'on croyait assister à l'anatomie d'une folie, à une esthétique excluant toute empathie malgré l'existence d'un traumatisme légitimant sa froideur, on se trouve soudain face à la formulation d'une éthique de la rebellion et du rejet absolu de toutes les injonctions dans laquelle on peut, comme Agnes, se retrouver, et qui fait apparaître l'énigmatique personnage de Julie sous un autre jour : non pas comme une pièce défectueuse dans le système, mais comme un rouage autonome qui tente obstinément d'enrayer les mécanismes à l'oeuvre dans la société, d'aller contre les codes, de braver les banques, de nager dans une piscine vide.

Mishto, qui a fait des études de sémiotique à Bologne puis de mise en scène et écriture de scénario à Londres, nous livre avec Stay Still un film aussi déceptif que le personnage de Julie (finalement pas si folle qu'on le croit en voyant ses gants jaunes), qui change en cours de route d'axe de réflexion et de nature et surprend en ce qu'il nous amène au bout du compte à nous identifier davantage à une héroïne qui semblait au début hors d'atteinte.

Stay Still, également interprété par Giuseppe Battiston, Martin Wuttke et Katharina Schüttler, a été produit par CALA Filmproduktion en coproduction avec PMI srl – PartnerMediaInvestment (Italie), Cine Plus et Farbfilm Produktion. Les ventes internationales du film sont assurées par Intramovies. En Allemagne, il sera distribué par Farbfilm Verleih.

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