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CANNES 2019 Un Certain Regard

Critique : Viendra le feu

par 

- CANNES 2019 : Oliver Laxe sculpte un film austère et très puissant sur les forces de la nature autour de la figure d’un paria sortant de prison et retournant chez sa mère

Critique : Viendra le feu

"C’est le pyromane qui a brûlé la montagne entière de Lugo. C’est un pauvre type". Cet homme très taciturne marqué au fer rouge de la société est le fil conducteur de l’impressionnant Viendra le feu [+lire aussi :
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, le second long de fiction d’Oliver Laxe, vainqueur du Grand Prix de la Semaine de la Critique cannoise 2016 avec l’hypnotique Mimosas, la voie de l’Atlas [+lire aussi :
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. De retour pour la troisième fois en trois films sur la Croisette où il s’était révélé en 2010 à la Quinzaine des Réalisateurs avec le documentaire Vous êtes tous des capitaines [+lire aussi :
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, le cinéaste franco-espagnol poursuit son ascension dans le gotha des auteurs internationaux puisque son nouvel opus s’est hissé en Sélection Officielle, au programme Un Certain Regard du 72e Festival de Cannes. Une progression totalement méritée eut égard à ses qualités cinématographiques exceptionnelles axées sur la puissance incroyable des images et des atmosphères transcendant un réalisme quasi documentaire et venant estomaquer les spectateur en contrepoint d’une intrigue à dessein austère.

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Au terme d’un prologue ultra saisissant au niveau visuel et sonore avec des engins de travaux zébrant la nuit de leurs phares et ouvrant une trouée dans la forêt en abattant un nombre impressionnant d’eucalyptus avant de se figer face un arbre majestueux, le film se cale dans le sillage de son protagoniste, Amador (Amador Arias), un quadragénaire libéré après deux années de prison et qui prend le car pour rallier son village natal, en Galice. De retour dans la maison isolée au cœur des montagnes où vit sa vieille mère Benedicta (Benedicta Sanchez) qui accepte de l’héberger sans poser de questions superflues ("- Je peux rester un moment ? - Tu as faim ?"), notre homme hyper laconique se fond dans un quotidien consistant à emmener paitre leurs trois vaches, accompagné par le chien Luna. Un peu plus loin, des voisins retapent une bâtisse dans l’espoir de développer le tourisme et au village où il se rend très peu, Amador est ignoré ou plus rarement moqué ("tu as du feu ?") par respect pour la souffrance qu’a endurée sa mère. Un dur hiver s’écoule sous des pluies diluviennes dans la routine minimaliste du quotidien de la mère et de son fils profondément immergés dans la nature. Puis passe le printemps avec l’irruption d’une vétérinaire (Elena Fernandez) sympathique venant d’arriver dans la région, avant que ne s’installe l’été, la saison la plus dangereuse pour les incendies de forêts…

S’appuyant sur le travail remarquable du directeur de la photographie Mauro Herce, Oliver Laxe façonne une oeuvre stupéfiante dont la sécheresse narrative est pulvérisée par l’intensité des séquences quand le film bascule brutalement au cœur du feu. Un véritable tour de force de mise en scène qui récompense haut la main la patience exigée précédemment par le dépouillement extrême du récit et qui donne avec succès la priorité aux sensations du spectateur. Car au cinéma, quand l’excellence est de la partie, et comme le glisse sur un autre sujet l’un des personnages du film, "pour aimer la musique, tu n’as pas besoin de comprendre les paroles".

Produit par l’Espagne (Miramemira, Kowalski Films) avec la France (4 A 4 Productions), et Tarantula Luxembourg, Viendra le feu est vendu à l’international par Pyramide.

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