email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

FILMS / REVIEWS

Critique : Blanche comme neige

par 

- Anne Fontaine modernise le conte des frères Grimm avec l’émancipation d’une femme incarnée par l’éclatante Lou de Laâge menacée par la diabolique Isabelle Huppert

Critique : Blanche comme neige
Lou de Laâge et Isabelle Huppert dans Blanche comme neige

"Avant, je ne savais même pas que j’avais des désirs, maintenant j’ai envie de les vivre". C’est une Blanche-Neige très libérée, belle, transparente et pure comme son modèle inspiré par le célèbre conte des frères Grimm, mais beaucoup plus détendue sur le plan des mœurs tout en étant toujours la cible de la jalousie et la malveillance d’une dangereuse rivale plus âgée, que la cinéaste française Anne Fontaine a choisie comme personnage principal de son nouvel film, le ludique Blanche comme neige [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, lancé mercredi 10 avril dans les salles françaises par Gaumont et qui fera sa première international en compétition au Festival de Tribeca (du 24 avril au 5 mai).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Forêt profonde, brume, cascade, chasseur, précipice bordant une route sinueuse de montagne, sanctuaire chrétien à la mémoire d’une apparition miraculeuse, maison nichée au creux des bois, complot criminel sur fond d’occultisme, de magie noire, de feu et de couleurs écarlates, pomme empoisonnée, et sept hommes bienveillants et différents séduits par une jeune femme : tous les ingrédients du conte originel sont bien au rendez-vous du scénario (concocté par la réalisatrice et Pascal Bonitzer, avec la collaboration de Claire Barré), mais tout démarre à Lyon, à notre époque, dans le sillage d’une jeune joggeuse, Claire (Lou de Laâge, qui crève l’écran tout au long du film), employée dans un luxueux hôtel par sa belle-mère Maud (Isabelle Huppert, royale de noirceur, de cruauté, d’instinct de domination et de souffrance cachée). Enlevée et jetée dans le coffre d’une voiture qu’un sanglier va accidenter, notre héroïne s’enfuit, traquée dans la forêt et ne doit la vie qu’à l’intervention d’un chasseur, Pierre (Damien Bonnard) que son passé n’incline guère à prévenir la police et qui vit dans une grande maison isolée du Vercors avec son jumeau François et le violoncelliste hypocondriaque Vincent (Vincent Macaigne). Hébergée par le trio, Claire prend vite goût à cet environnement de nature ("la montagne active le sang") où elle a l’impression de renaître (sa mère est morte depuis longtemps et son père décédé il y a peu) et où tous les hommes du coin tombent amoureux d’elle comme d’une princesse, chacun à sa façon et avec leurs fragilités respectives : le vétérinaire Sam (Jonathan Cohen), le libraire Charles (Benoît Poelvoorde) et son fils Clément (Pablo Pauly), le père Guilbaud (Richard Fréchette). Dans la lignée du précepte de Saint Augustin, "aime et fais ce que tu veux", Claire lâche alors la bride à sa sensualité et consomme avec les uns et les autres tout en décidant de n’appartenir à personne. Cependant, elle a signalé sa localisation à sa belle-mère et celle-ci ne tarde pas à rappliquer, gorgée d’une jalousie mortifère (son amant, interprété par Charles Berling, a le béguin pour Claire) et de très noirs desseins…

Construit en trois parties (baptisés "Claire", "Maud" et "Blanche-Neige"), le film dévoile peu à peu les ressorts de son mystère initial et s’amuse à jouer avec des codes très hitchcockiens. Tirant le meilleur parti de splendides décors naturels (très bien exploités par le directeur de la photographie Yves Angelo) et d’une musique ad hoc composée par Bruno Coulais, Anne Fontaine tisse avec humour une intrigue décalée qui offre un écrin fantastique à ses deux comédiennes principales (qui se livrent notamment à un rock d’anthologie) et laisse le champ libre aux performances (beaucoup plus inégales) de ses huit rôles secondaires masculins. Évidemment, l’issue prévisible du récit limite un peu l’intensité de l’ensemble, mais la cinéaste signe avec Blanche comme neige une œuvre sophistiquée et décontractée sur le thème de l’émancipation affective et sexuelle d’une femme, un sujet qui résonne très fortement dans le monde contemporain.

Produit par Mandarin Production et par Ciné@, Blanche comme neige a été coproduit par Gaumont, France 3 Cinéma, Scope Pictures, Cinéfrance et Les Films du Camélia. Les ventes internationales sont assurées par Gaumont.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.