email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

TORONTO 2018 Discovery

Critique : Fiore gemello

par 

- TORONTO 2018: Dans son 2e film, l'Italienne Laura Luchetti combine les thèmes du passage à l’âge adulte, de la crise des réfugiés et d'une relation épineuse avec une sensibilité remarquable

Critique : Fiore gemello
Anastasyia Bogach et Kalill Kone dans Fiore gemello

Lorsque les héros du deuxième  film de la réalisatrice italienne Laura Luchetti, Fiore gemello [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
(sélectionné dans la section Discovery à Toronto) apparaissent à l’écran, dans une ville de Sardaigne, ils sont tous les deux dans le pétrin et ne se connaissent pas encore. Anna, 16 ans (Anastasyia Bogach), fuit un homme barbu aux allures de gros dur à la joue balafrée. Basim (Kalill Kone, un vrai réfugié) est un réfugié adolescent de Côte d’Ivoire, et il est poursuivi par un vigile dans le parking d’un supermarché.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Les deux se rencontrent alors qu’Anna refuse les avances de deux jeunes Italiens à moto, et Basim vole à son secours. Ce premier échange est assez banal : Anna est méfiante du jeune Africain et ne parle pas, alors que ce dernier affiche un enthousiasme et une facilité de contact surprenantes, vu sa situation. Mais la jeune femme accepte de la suivre dans le squat modeste qu’il s’est établi dans une maison abandonnée.

À travers des flashbacks qui viennent astucieusement et subtilement entrecouper la narration, on apprend que le père d’Anna, dont elle était très proche, travaillait pour l’homme barbu, Manfredi (Aniello Arena), en tant que passeur de migrants. Anna n’approuvait pas le travail de son père, mais il est difficile de trouver des emplois dans la campagne sarde.

Les deux adolescents à problème nouent d’abord un lien tendre – ils ont tous deux fait face à un deuil douloureux, et chacun semble deviner les sentiments de l’autre, même s’ils ne savent pas d’où ils viennent, même si Anna ne parle pas du tout. Leur rapport est tactile et instinctif, et non pas basé sur le dialogue. 

Beaucoup de films parlent des migrants, du passage à l’âge adulte, et du contexte social et économique des pays les plus durement touchés par la crise des réfugiés. Mais Fiore gemello combine tous ces thèmes avec une profondeur et une sensibilité admirables.

Le cadre en lui-même est idéal pour une telle histoire : cette ville du littoral a une mine de sel et une très belle église sur la place centrale, mais aussi beaucoup de bâtisses abandonnées témoignant de son déclin économique qui sont devenues des abris ou des cachettes pour les marginaux : les prostituées, les mendiants et aussi les immigrés clandestins.

Le chef opérateur Ferran Rubio Paredes tire le meilleur de ses décors en faisant contraster les couleurs délavées des extérieurs (notamment le blanc, très efficace, de l’usine de production de sel) avec les tons chauds de la pièce que partagent Anna et Basim. Bien qu’on ne puisse pas dire que Fiore gemello ait un rythme soutenu, il est aussi loin de prendre son temps : Luchetti a une histoire à raconter et des personnages à développer, et il le fait avec un talent remarquable et une patience infinie, aidé par le travail de sa monteuse Paola Freddi et la musique de Francesco Cerasi

Bogach et Kone sont remarquables dans les rôles principaux, la fragilité de la première et l’intensité du second créant une véritable symbiose, comme le yin et le yang. Anna parle à nouveau quelques minutes avant la fin, mais tout a déjà été dit, grâce au langage sophistiqué du cinéma.

Fiore gemello a éé coproduit par les sociétés italiennes  Picture ShowDonkadillo Films et RAI Cinema. Fandango en assure les ventes internationales.

(Traduit de l'anglais par Florian Etcheverry)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.