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SUNDANCE 2022 Midnight

Christian Tafdrup • Réalisateur de Speak No Evil

“L’ambition était de créer le film le plus dérangeant de l'histoire du Danemark”

par 

- Dans le nouveau film du réalisateur danois, être trop poli pour son bien, ça existe

Christian Tafdrup • Réalisateur de Speak No Evil
(© Kavian Borhani)

Dans Speak No Evil [+lire aussi :
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interview : Christian Tafdrup
fiche film
]
, Dans le titre, une adorable famille danoise (Morten Burian et Sidsel Siem Koch) rencontre une toute aussi adorable famille hollandaise en Italie. Cependant, ce qui devrait rester une amitié de vacances a une suite : très vite, nos Danois sont invités à passer un week-end chez ces nouvelles connaissances avec leur fillette, et ils sont juste trop polis pour refuser. Nous avons interrogé le réalisateur Christian Tafdrup sur son film, projeté dans la section Midnight de Sundance.

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Cineuropa : Vous avez mentionné que ce film a été assez difficile à faire. Pourquoi ?
Christian Tafdrup :
Eh bien, c’est toujours difficile, ça prend tellement de temps. Et puis c’est un film de genre, proche de l'horreur, et je ne suis pas vraiment habitué à ça. J'ai eu des difficultés à comprendre ce que ce film était : un thriller ? Une satire ? Nous avons dû interrompre le tournage après dix jours, car nous avions commencé en février 2020. Pendant quelques mois, j'ignorais si je pourrais le terminer. Ensuite, on a repris et on a dû arrêter de nouveau [rires]. À un moment, je me suis demandé : "Est-ce que je suis en train de réaliser Apocalypse Now ?. Tous les réalisateurs ont un film cauchemar, peut-être que celui-ci est le mien !". J’ai vécu avec lui pendant si longtemps, et à cause de ce qui se passait dans le monde, ça a été une expérience de grande fragilité.

C’est un film "de terreur" intéressant parce qu’on flippe tout seul en le regardant : on attend que quelque chose survienne, mais non ! Du moins pas pendant un certain temps.
Je n’aime pas ce qui fait sursauter, et toutes les conventions du genre film d'horreur. Ce que j’aime dans les films, c’est la première moitié. J’aime le suspense ; j’aime quand on doute de soi-même, qu'on se dit "Est-ce qu’il y a quelque chose qui cloche chez ces gens ou est-ce c’est juste moi ?". C’est drôle quand on ne sait pas où va aller l’histoire et qu’on peut juste flairer que ça va mal tourner. Dans le troisième acte, en général, ça part dans l'excès : il y a du sang, des têtes qui tournent sur elles-mêmes et des sorcières qui brûlent, et on est là assis, à manger son pop corn. Je voulais créer une scène qui serait tellement provocante qu’on a envie de détourner le regard mais qu'on est quand même curieux, pas un autre plaisir coupable qui ne dit pas vraiment grand-chose sur le monde. Je voulais faire de la place au commentaire social, pour rire mais aussi pour avoir des personnages qui seraient de vraies personnes. C’est une situation très reconnaissable qu'on a là. Nous l'avons poussée à l’extrême, mais beaucoup de gens se retrouvent à passer du temps avec des inconnus au lieu de suivre leur instinct viscéral, parce que la société leur enjoint d’être polis. Ce n’est pas un film sur une famille qui ne peut pas monter en voiture et partir : ils pourraient le faire, mais ne le font pas. Quant à savoir pourquoi, c’est une question moderne intéressante.

La bande originale ne colle pas aux scènes du début. Elle fait tellement monter la tension que c’est presque divulgâcher ce qui va suivre, car ça suggère d'entrée de jeu que les choses vont mal tourner.
C’est quelque chose qu'on a beaucoup discuté au montage. Le problème était que sans une musique de ce genre, les spectateurs auraient pensé qu'ils étaient devant une comédie romantique, mais avec des couples adultes. On ne voyait pas le côté obscur, or quand on fait un film de genre, il faut poser cela quelque part. Les gens vont débattre de cette décision, mais je pense que cette musique accomplit un peu ça, qu'elle suggère que ce qu'on voit n’est pas ce qu’on aura. Quelque chose de plus vaste se passe ici, il ne s'agit pas juste de gens qui profitent de leurs vacances.

Ça reste une histoire mystérieuse, mais dans mon expérience, quand on ne sait pas tout, c'est encore pire. Êtes-vous d’accord avec ça ?
Beaucoup de gens m’ont dit qu’il fallait que j’explique davantage, mais à chaque fois que j’essayais, ce n’était plus un film d’horreur, mais un film de série B américain. Je voulais laisser les choses ouvertes, pour qu’on continue d’y penser après. Comment nous, les gens civilisés, réagissons-nous au mal à l'état pur ? Jusqu'où est-on prêt à eller dans le sacrifice juste pour se montrer bien élevé ? C’était le thème principal, or dès qu’on se met à expliquer, cette prémisse disparaît. Je me demandais : "Que feraient Lars von Trier ou Haneke ?". Si vous regardez Funny Games, qui a un peu inspiré ce film, Haneke n’explique pas pourquoi ces jeunes gars sont en train de tuer cette famille. Parce que c’est drôle, c’est tout. J’aime rencontrer des gens en vacances, mais si après ils vous invitent, s’il vous plaît, dites non. Si vous dites oui, vous n’allez peut-être pas mourir, mais vous êtes sûr de passer un week-end horrible. Beaucoup de films aiment faire plaisir à leur public, mais j’aime ceux qui vous dérangent. L’ambition était de faire le plus le film le plus dérangeant de l’histoire du cinéma danois.

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(Traduit de l'anglais)

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