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VENISE 2021 Compétition

Valentyn Vasyanovych • Réalisateur de Reflection

“Des tortures inhumaines sont infligées non pas très loin de là où nous sommes, mais ici en Europe”

par 

- VENISE 2021 : On ne peut pas détourner le regard de ce nouveau film sur la guerre actuellement en cours en Ukraine, qui arrive sur les talons d'Atlantis

Valentyn Vasyanovych  • Réalisateur de Reflection
(© La Biennale di Venezia - Foto ASAC/Giorgio Zucchiatti)

Après sa victoire vénitienne avec Atlantis [+lire aussi :
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, nommé meilleur film de la section Orizzonti en 2019, le réalisateur ukrainien Valentyn Vasyanovych présente maintenant Reflection [+lire aussi :
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dans le cadre de la compétition internationale de la Mostra de Venise. Cette fois, il se concentre sur un chirurgien (Roman Lutskyi) qui se fait capturer par les forces militaires russes et se trouve forcé d’être témoin de tortures et de violences terrifiantes. Quand il rentre enfin chez lui, il ne peut pas vraiment en parler, surtout pas à sa fille, qui est trop petite.

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Cineuropa : Il y a beaucoup d’histoires sur des hommes qui reviennent de la guerre, non pas en héros, mais brisés. Comment voyez-vous votre personnage, Serhiy, qui n'évoque pas son expérience de la guerre ?
Valentyn Vasyanovych :
Comparé à mon film précédent, Atlantis, où la guerre ne parvenait pas à briser le héros, dans Reflection, je montre un homme simple qui prend une décision émotionnelle, que beaucoup de gens en Ukraine pourront comprendre : il veut aider à sauver les vies des soldats, sur le front. C’est un simple chirurgien civil, pas un héros au sens conventionnel du terme, mais il veut être utile à son pays. Les gens comme ça sont toujours la majorité, dans n’importe quel pays. Ce sont des gens qui veulent être utiles à la société dans des situations critiques, mais qui ne sont pas nécessairement prêts à mourir. Quand ils reviennent, ils peuvent être traités de différentes manières, mais la société n’est pas prête à accepter leur traumatisme. Ils se retrouvent seuls avec leurs problèmes. À travers ce film, je voulais leur accorder de l'attention et susciter de l’empathie, au-delà de leurs actes ambigus, qui peuvent être interprétés de plusieurs manières complètement différentes.

Qu’est-ce qui était le plus dur dans le choix de parler de cette guerre, maintenant ? Et pourquoi avez-vous décidé de montrer sa brutalité à ce point ?
Par rapport à la cruauté, je ne montre qu'une petite part de ce qui s’est passé, et qui continue de se passer dans les prisons contrôlées par les services spéciaux russes dans les territoires occupés d'Ukraine. Ceci a été confirmé par les gens qui ont pu rentrer chez eux après y avoir été détenus. Notre consultant était Stanislav Aseev, un journaliste ukrainien qui travaillait avant comme correspondant pour Radio Liberty, à Donetsk, et qui a passé deux ans et demi dans une prison appelée "Isolation". Plus tard, il a écrit et publié un livre sur ces événements [In Isolation: Dispatches from Occupied Donbas]. Il a été arrêté sur des accusations de faits d’espionnage et torturé. La décision de montrer ces scènes dures et traumatisantes est venue du désir de montrer à l’Europe – et à tout le monde civilisé – les tortures inhumaines qui sont infligées dans un endroit qui n’est pas très loin, mais juste là, ici. Et tout cela se produit au XXIe siècle : c’est le résultat de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, et personne n’est protégé de cette agression.

Vous avez tendance à être assez auto-suffisant comme réalisateur [Vasyanovych a également écrit le scénario, assuré la photographie et monté le film], mais quelle a été votre démarche en tant que chef-opérateur ? Comment vouliez-vous filmer cette histoire ?
Il est difficile pour moi de séparer le travail du caméraman et du réalisateur. La logique de la construction d’un plan vient pendant la répétition. Tout se passe de manière très naturelle et dans mon cas, ne requiert aucune verbalisation, car je n’ai pas à expliquer à quelqu’un d’autre ce que je veux. Toutes mes décisions sont prises intuitivement, et quand l'idée d’un plan prend enfin forme, je me sens toujours satisfait.

S'il veut pouvoir s’ouvrir à sa fille, votre personnage doit d'abord admettre que le monde est plein d’abominations – des horreurs dont n'importe qui veut forcément protéger ses enfants. Est-ce que cette relation, et la manière dont elle évolue, vous a paru intéressante ?
Ce qui m’a donné envie de faire ce film, c'est un incident dont ma fille a été témoin : une colombe a volé vers notre fenêtre et s’est écrasée sur la vitre. Cet événement a déclenché chez ma fille de huit ans un flot de questions, des questions auxquelles j’ai essayé de répondre, tout comme mon héros. C’était des questions sur la vie et la mort, sur l’âme et le corps. Sur ce qui se passe après, quand on meurt. Les gens cherchent des réponses à ces questions existentielles toute leur vie, mais en regardant ma fille, je l’ai vue essayer de trouver ces réponses parfois, de manière ludique.

Cette guerre dure maintenant depuis tellement longtemps, et pourtant de moins en moins de gens en parlent, semble-t-il. Est-ce que c'est une chose que vous aviez remarquée et contre laquelle vous vouliez vous rebeller ?
Bien sûr. Tout le monde est fatigué de cette actualité-là, et en Ukraine et partout dans le monde, mais si on ne résiste pas à la politique agressive de la Russie, eh bien l'Ukraine va disparaître en tant qu’État indépendant. La prochaine étape ? Les pays baltes et les pays de l’ancien bloc socialiste. Peut-être que ça vous paraît exagéré, ce que je dis, mais les ambitions impériales du gouvernement russe vont conduire à une nouvelle division du monde tel qu’on le connaît.

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(Traduit de l'anglais)

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