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BERLINALE 2020 Encounters

Ivan Ostrochovský • Réalisateur de Servants

"Je veux que le public comprenne combien il est difficile de finir du mauvais côté de l'Histoire"

par 

- BERLINALE 2020 : Nous avons discuté avec le documentariste slovaque Ivan Ostrochovský, qui accompagnait à Berlin la première de Servants, son deuxième long-métrage après le titre encensé Koza

Ivan Ostrochovský  • Réalisateur de Servants

Après son incursion réussie dans le docu-fiction avec Koza [+lire aussi :
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, le producteur et réalisateur slovaque Ivan Ostrochovský a dévoilé son deuxième long-métrage, Servants [+lire aussi :
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, dans la nouvelle compétition Encounters du Festival de Berlin, où Ostrochovský se penche sur la collaboration de l’Église catholique avec le régime communiste pendant l’époque de normalisation en 1980, entre les murs d’une faculté de théologie. Cineuropa a rencontré le réalisateur pour évoquer les raisons du choix de ce sujet plutôt tabou, les faits réels à l’origine du scénario, le genre du film et sa décision de travailler avec la co-scénariste d’Ida [+lire aussi :
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, Rebecca Lenkiewicz.

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Cineuropa : Pourquoi avez-vous décidé de vous attaquer au sujet tabou de la collaboration de l’Église catholique avec le régime communiste dans l’ex-Tchécoslovaquie ? Sachant que Marko Škop avait déjà abordé le sujet de la collaboration de l’Église avec des fascistes dans Let There Be Light [+lire aussi :
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.
Ivan Ostrochovský :
Je ne pense pas que mon intention était de dépeindre l’Église catholique sous le régime socialiste, car un sujet aussi vaste ne saurait être résumé en un seul film. J’ai choisi l’environnement de la Faculté de théologie parce que le conflit moral posé par la collaboration avec le régime y était logiquement plus intéressant qu’ailleurs. La majorité de la société a collaboré avec le régime. C’est facile de nos jours, et malheureusement un peu à la mode, de critiquer l’Église catholique. Cependant, l’histoire de leur collaboration n’est pas si différente de celle, par exemple, des artistes à l’époque. Les prêtres ont donné de la crédibilité au régime par leur appartenance à Pacem in Terris, et les artistes ont fait de même à travers leur affiliation au Parti Communiste ou aux Jeunesses Socialistes. Cependant, les prêtres en Slovaquie ne sont que des citoyens, comme nous autres. Si la majorité de la société collabore avec le régime, eux aussi.

Je ne considère pas le cinéma comme un outil qui sert à générer des polémiques ou de condamnation morale. Je ne veux pas présenter d’opinion spécifique ou apporter des réponses au public : je veux les pousser à la réflexion ; pas seulement porter un regard critique sur les autres, les “méchants”, mais, surtout, méditer sur nous-mêmes. C’est trop facile de sortir de la salle en se félicitant, en se disant qu’on est dans le bon camp, et que les mauvaises personnes sont dans le camp délimité par le film, en divisant la société entre bons et mauvais. Je pense, comme d’autres, que le mal ne devrait pas être relativisé, mais il ne devrait pas être banalisé non plus. C’est pour cela que j’aime choisir des personnages qui, même s’ils font des choses répréhensibles, nous ressemblent pas mal par certains aspects. On comprend comment ils se sont laissé gagner par la peur, la frustration, l’insatiabilité ou des arguments rationnels montrant qu’il ne pouvait en aller autrement. Je veux que le public comprenne à quel point il est facile de se retrouver du mauvais côté de l’Histoire.

Votre film précédent, Koza, s'inspirait en grande partie de faits réels, et c’est sans doute aussi le cas ici, puisque Pacem in Terris était une vraie organisation. Quels autres faits réels sont à l’origine du scénario ?
Ma coscénariste Marek Leščák m’a raconté l’histoire de Vlado Zboroň, qui a étudié dans les années 1980 au sein d'une faculté de théologie dont il a ensuite été exclu. Les services secrets de l’état ont passé un accord avec lui : il pouvait continuer d’étudier s’il collaborait, or il a refusé, et maintenant il est dans notre film. Quand on faisait des recherches sur l’histoire de cette faculté de théologie, on a découvert un fait extraordinaire : la majorité des étudiants ont lancé une grève de la faim pour protester contre la collaboration des prêtres avec Pacem in Terris. C’était incroyablement courageux, je ne sais pas si les autres universités tchécoslovaques du début des années 1980 auraient pu aller jusque là. On a utilisé quelques faits réels qui se sont passés pendant la normalisation, comme la grève de la faim ou la mort du prêtre ordonné en secret, Přemysl Coufar.

Au-delà de Marek Leščák et vous-même, la dramaturge britannique Rebecca Lenkiewicz, qui a coécrit Ida, a aussi travaillé sur le scénario. Comment s’est déroulée cette collaboration ?
Très simplement. Rebecca a vu Koza – elle a fait partie d’un jury de festival qui nous a remis un prix. Je lui ai parlé de mon projet. Elle a aimé l’histoire, et même si elle avait beaucoup d’autres offres, elle a commencé à travailler sur notre scénario. Je pense que c’est très enrichissant, quand quelqu’un qui vient d’un contexte totalement différent travaille sur un scénario et s'efforce d’aborder le récit avec un regard différent.

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(Traduit de l'anglais par Florian Etcheverry)

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