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IFFR 2020 Voices Limelight

Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne • Réalisateurs de Filles de joie

“Nous voulions nous interroger sur l’héroïsme au féminin”

par 

- Nous avons rencontré Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne pour parler de leur film Filles de joie, sélectionné au IFFR

Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne • Réalisateurs de Filles de joie
Les réalisateurs Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich (© Charles Paulicevich)

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, présenté à Venise en 2012, Frédéric Fonteyne (à la réalisation) et Anne Paulicevich (au scénario et à la direction artistique) reviennent avec Filles de joie [+lire aussi :
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, le portrait choral de trois femmes qui mènent une double vie, et se retrouvent liées malgré elles par la mort. Le film est présenté au IFFR dans la section Voices Limelight.

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Cineuropa : Quelles sont les origines du projet ?
Anne Paulicevich :
C’est venu d’abord je crois de mon désir de parler de l’héroïsme des femmes. Je venais de mettre une petite fille au monde, et je m’interrogeais sur ce que cela représente d’être une femme aujourd’hui dans notre société. Je suis tombée sur un article à propos de ces femmes qui mènent une double vie entre la France et la Belgique, et se prostituent, et j’ai été frappée de voir à quel point ce sont des femmes comme vous et moi, des infirmières, des mères de famille… Leur solution à elle, pour s’en sortir, c’est de se prostituer.

Et puis c’était aussi une réaction face aux lois d’austérité qui touchent l’Europe, parce que les femmes sont les premières à avoir été touchées, surtout les mères célibataires. Ce film, c’est aussi pour toutes mes amies, toutes les femmes qui se tiennent droites quoiqu’il arrive.

Frédéric Fonteyne : Je m’étais déjà interrogé dans mes précédents films sur ce que c’est que l’héroïsme au féminin. C’est souvent un héroïsme beaucoup plus invisible. L’héroïsme au masculin, c’est un mec qui va aller exploser l’étoile noire. L’héroïsme au féminin, c’est une constellation. Déjà, parce que les femmes ont plusieurs vies, mais aussi parce qu’elles oeuvrent ensemble. Ce n’est pas un hasard s’il n’y a pas une, mais trois héroïnes dans le film, si cette entraide se crée de façon presque organique.

Le film offre aussi un regard différent sur la prostitution, un regard du quotidien.
F.F. :
J’ai été frappé par l’affaire du Carlton de Lille à l’époque, par le fait que dans la façon dont l’histoire était racontée, les médias faisaient comme si les prostituées n’existaient pas. Le bordel, c’est un lieu du monde invisible, où personne ne veut aller, et où on ne laisse entrer personne. C’est quoi la vie dans le salon, où les filles attendent les clients? L’impression que m’ont donnée ces femmes, c’est que leur vie est vécue plus intensément. C’est un métier extrêmement dur, ce choix relève de la survie, mais elles vivent plus fort, du coup. Quand on regarde là télé de toutes façons, on a l’impression que la prostitution est partout. Dans ce salon, j’ai trouvé une certaine vérité. Là, elles ne mentent pas.

Comment avez-vous préparé le film justement ?
A.P. :
J’ai d’abord écrit l’histoire, comme une pure fiction, mais je me suis dit que ce ne serait pas respectueux de le faire sans savoir ce que c’est, en vrai, la prostitution. Je suis allée dans un bordel en particulier, où j’allais 2 à 3 fois par semaine pendant 9 mois. C’est Dodo la Saumure, hasard de la vie, qui m’a permis d’entrer dans ce bordel, et quand il m’a présentée aux filles, il leur a dit: “Anne est scénariste, elle n’est pas journaliste.” Et les filles m’ont regardée, et m’ont dit: “Mais nous aussi on est scénaristes !” Etrangement, ou pas, je n’ai jamais autant ri que dans le salon des filles, même s’il y avait des moments durs, intenses, où j’étais émotionnellement chargée par tout ce qu’elles me racontaient - et ne me racontaient pas. L’une d’entre elles m’a dit: “J’espère que cela changera le regard des gens sur nous”.

L’une des audaces du film, c’est d’injecter de l’humour dans le drame, dans leur quotidien.
F.F. :
Je crois que toutes les personnes qui sont dans une situation de violence extrême ont besoin d’une soupape. Il leur faut être au-dessus de la vie, parce que si elles se connectaient vraiment à leurs émotions, sans filtre, elles s’écrouleraient. Il y a quelque chose dans l’humour qui est vital.

C’était important pour nous de montrer ces femmes, qui ont eu un vrai impact dans nos vies, dans leur dignité. Pour moi, ce film, c’est une collusion d’énergies très puissantes, et très féminines. Les filles dans le bordel portent le nom de déesses grecques. C’est la mythologie de nos voisines!

A.P. : En fait, les femmes ordinaires sont des déesses.

F.F. : C’est un film de super-héros en fait. De super-héroïnes plutôt! Ce n’est pas un film sur la prostitution, c’est un film sur trois femmes qui s’entrechoquent. Elles sont ensemble, elles partagent un secret. Comment font-elles pour s’entraider?

Le choix des comédiennes était crucial dans ces conditions…
F.F. : Soit nous faisions le film avec de vraies prostituées, ce qui n’était pas possible, car la plupart ont une double vie et cachent ce qu’elles font, soit nous prenions de très grandes actrices, qui avaient cette créativité, cette folie-là, cette dignité aussi pour défendre ces femmes.

C’est aussi un film sur la violence faite aux femmes, et le scénario écrit par Anne les mettait dans des positions très difficiles. Il y a toujours des raisons extérieures qui font que ces femmes font ce métier, elles sont face à une impasse. Il fallait de très grandes actrices, qui ont pu explorer toutes les facettes les plus extrêmes de ce que ces femmes vivent, c’est à la fois terriblement lumineux, et terriblement violent.

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