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TORONTO 2019 Discovery

Minos Nikolakakis • Réalisateur d'Entwined

"Ce qu'on élabore dans sa tête est toujours plus efficace que ce qui se passe en vrai"

par 

- Nous avons discuté avec le scénariste et réalisateur grec Minos Nikolakakis, dont le premier long-métrage, Entwined, a fait sa première mondiale dans la section Discovery de Toronto

Minos Nikolakakis  • Réalisateur d'Entwined

Nous avons pu nous entretenir avec le scénariste et réalisateur Minos Nikolakakis pour évoquer son premier long-métrage, Entwined [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Minos Nikolakakis
fiche film
]
, qui vient d’avoir sa première mondiale dans la sélection Discovery au festival de Toronto.

Cineuropa : Comment avez-vous eu l’idée de cette histoire ?
Minos Nikolakakis : L’idée du film m’est venue en tête alors que je vivais dans un village isolé de Crête. Dans ces endroits-là, les mythes et le comportement quotidien des villageois envers les superstitions et le supernaturel sont vraiment incroyables ! Tout ça m’est resté en mémoire et j’y pense aussi à travers mon œuvre.

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Par ailleurs, certaines histoires que ma grand-mère m’a raconté étaient loin de vos contes de fée normaux ; c’était l’“héritage” de ses ancêtres, qui étaient des “gens du pays ”, et c’était leur propre perception de leur environnement. J’ai grandi avec comme influences des choses allant de la traduction gothique de l’ère victorienne et l’œuvre d’Edgar Allan Poe aux contes des frères Grimm et Charles Perrault, mais aussi les fables spirituelles de Lafcadio Hearn. Malgré leurs origines différentes, elles semblaient avoir des points communs thématiques. En association avec mon amour de films comme Kwaidan de Kobayashi et Valérie au Pays des Merveilles de Jireš, j’avais l’intention de réaliser un film qui distille ce folklore et ces mythes, mais avec une identité plus locale. Et la légende des dryades me paraissait un point de départ parfait.

Qu’est-ce qui, dans le folklore et le mythes que vous explorez, reste d’actualité aujourd’hui, et comment avez-vous décidé quels éléments montrer de manière claire, et quels éléments laisser le public questionner ou décrypter ?
Dans chaque mythe, on peut reconstituer une histoire humaine, déceler des traces de comportement humain. Dans notre cas, c’était la nature compliquée de l’évolution de la relation entre nos deux protagonistes. Ils sont à l’extrême opposé l’un de l’autre (un docteur venu de la ville, et une fille qui a toujours vécu dans la forêt), deux univers différents qui refusent de reconnaître l’existence de l’autre. Et on les a fait tomber amoureux l’un de l’autre. C’est plus ou moins ce qui se passe dans chaque idylle : on considère notre vision du monde comme la bonne, et on est en conflit avec d’autres qui ont une conception différente de la nôtre. Dans notre histoire, on a essayé de creuser l’idée que rien n’est tout noir ou tout blanc : les choses sont plus compliquées et, comme le dit le titre du film, “entrelacées”.

L’aspect surnaturel nous a aidé à développer cette relation et le conflit entre deux opposés d’une manière plus symbolique et extravagante. Il y a beaucoup d’éléments que nous n’avons pas défini dans cette relation : on ne fait que les présenter, et dans ce contexte contradictoire, on laisse la place au public de choisir quelle opinion ils croient, et quel parti prendre à chaque moment.

Comment avez-vous développé les aspects sonores et visuels du film ? La forêt est très présente des deux points de vue, comme si c’était un personnage à part entière.
C’est un de nos personnages principaux car c’est un environnement qui fonctionne comme un catalyseur, et encourage nos personnages au changement. C’est quelque chose qui est vraiment dans leurs veines. Ce n’est pas du tout une forêt ordinaire : c’est un endroit envoûtant qui a la capacité d’être à la fois charmant et menaçant, et cela coïncide avec l’état d’esprit de notre personnage féminin.

Dès le départ, il était clair que l’on ne voulait pas recréer la forêt avec des effets spéciaux, puisque l’attention du public aurait été portée sur quelque chose d’indéniablement plus impressionnant, mais à des kilomètres de l’histoire terre-à-terre que l’on voulait conter. Mais les forêts sont parmi les cadres les plus magiques qu’on peut avoir. On a gardé les éléments qui pourraient avoir cette aura : une légère brise, un coucher de soleil, de la poussière qui flotte dans le cadre, et on a sous-entendu tout ce qui pourrait suggérer l’esprit de la forêt.

Ainsi, nous avons donné l’opportunité au public de créer leur propre version de ce qui se passait, dans leur propre esprit. Imaginez vous promener dans les bois, et entendre un grand souffle à travers les branches. Ce que vous vous imaginez est toujours plus fort que ce qui se passe en réalité. Et notre règle était toujours de représenter ce à quoi on pouvait s’identifier dans notre quotidien, afin de suggérer le surnaturel.

Quel était le plus gros défi pendant la production ?
Faire un film de genre en Grèce est toujours un défi en soi. C’est un film avec des effets spéciaux, des maquillages et prothèses complexes, des tournages en forêt, et une histoire qui distille un héritage culturel qui a besoin d’équilibrer tous ses ingrédients à la perfection. Le plus gros défi était, malgré les éléments surnaturels, garder le film “terre-à-terre” et faire en sorte que cette histoire appartienne au monde réel, plutôt qu’à un monde de légendes.

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(Traduit de l'anglais par Florian Etcheverry)

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