email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

LOCARNO 2019 Compétition

Maura Delpero • Réalisatrice de Maternal

"Le 'hogar' est un amplificateur ; c'est un lieu où les conséquences de la maternité se manifeste dans toute leur virulence"

par 

- La réalisatrice italienne Maura Delpero nous parle de son premier film de fiction, Maternal, projeté en compétition au Festival de Locarno

Maura Delpero  • Réalisatrice de Maternal

Maternal [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Maura Delpero
fiche film
]
de Maura Delpero, ce film, en compétition au Festival de Locarno, se passe dans un "hogar" ou foyer, c'est-à-dire une maison d’accueil pour les filles-mères géré par des sœurs italiennes. Dans ce lieu déconnecté du monde se croisent les histoires de trois femmes : Lu et Fati, deux mères adolescentes, et et Sœur Paola, qui vient d’arriver d’Italie pour prononcer ses vœux.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Cineuropa : D'où est née l’idée du film ?
Maura Delpero :
Chacun de mes films naît d’une exigence personnelle, d'une attirance instinctive pour quelque chose que je veux mieux comprendre, et qui me pousse à initier un parcours de recherche. La maternité est une question qui se présente dans la vie d’une femme, c’est un événement bouleversant qui change radicalement la vie, portant en elle la difficulté d’évoluer sur des terrains inexplorés.

C'est justement sur ces difficultés, psychologiques et sociales, que j’ai voulu faire la lumière dans mon film : les émotions contrastées qu’une expérience aussi intense et totale peut déchaîner ; la joie d'accueillir une vie nouvelle et, en même temps, la nostalgie de celle qu’on a laissée derrière soi.

Pourquoi avez-vous choisi ce foyer comme lieu pour cette enquête ?
Parce que le "foyer" est un amplificateur. C’est un lieu où les conséquences de la maternité se manifestent dans toute leur virulence. Dans ce foyer religieux, en outre, le court-circuit émotionnel entre adolescence et maternité est encore plus difficile à gérer dans la mesure où les pensionnaires sont confrontées quotidiennement avec des femmes qui ont choisi de ne pas être mères. Le "hogar" est aussi un lieu immobile, isolé du monde extérieur, où les jeunes mères se sentent protégées mais aussi enfermées, et cet élément statique amplifie encore plus la tension au sein du foyer.

Qu’est-ce qui a vous a inspirée dans l'écriture du scénario ?
Mon expérience directe, qui a duré quatre ans, dans différents foyers argentins, laïcs et religieux. Étant enseignante, j'ai pu entrer dans ces lieux en proposant des cours aux jeunes mères. Ainsi, ça m’a évité d’être perçue comme un corps étranger envahissant et j’ai réussi à me faire accepter par cette communauté. Le scénario est né ensuite, spontanément ; il m'a été inspiré par le quotidien que je vivais avec mes "élèves".

Pourquoi passer du documentaire à la fiction ?
J’ai vécu ça comme un parcours naturel et organique, passant d’un cinéma documentaire avec une veine fictionnelle à un film de fiction avec une âme de documentaire. En partant d’un lieu réel, comme le foyer, pour ensuite m’aventurer dans la fiction. En outre, j'avais très envie de m'essayer au travail avec des acteurs. Il m'a apporté, pendant cette première expérience, beaucoup de satisfactions.

Même dans le choix des actrices, ce double registre documentaire/fiction est présent. Quelles raisons vous ont amenée à choisir deux actrices non-professionnelles pour le rôle des filles-mères, alors que vous avez opté pour une professionnelle pour Sœur Paola ?
Le personnage de Soeur Paola devait faire un parcours émotionnel complexe et très délicat, et elle devait être très crédible. Ainsi, je me suis dit que le choix le plus efficace était de confier ce rôle à une actrice professionnelle. Pour les jeunes mères au contraire, l'élément expressif le plus important devait être l’incandescence de leur vie, cette irrépressible exubérance de l’adolescence, que je voulais cueillir dans toute sa spontanéité. J’ai imaginé leur approche du texte à dire comme un véritable parcours psychanalytique qui, dans le cas d’Agustina Malale (Lu), l'a amenée à se confronter avec son passé d’enfant élevée dans un "foyer" avec son présent de mère, toujours en foyer.

Dans quelle mesure la maternité, qui est la véritable héroïne du film, influe-t-elle sur les trois personnages principaux ?
Elle les oblige à changer, à déplacer leur baromètre émotionnel, aussi grâce à leurs interactions entre elles. Quand Lu, instable, voit concrètement la possibilité d’être séparée de sa petite fille, elle se transforme en une lionne qui défend son petit. Fati, responsable mais peu affectueuse, découvre la joie de donner de l’amour grâce aux attentions qu’elle reçoit de Sœur Paola. Quant à cette dernière, elle comprend que l’amour totalisant, qu’elle cherche en Dieu, existe aussi sur terre : c’est l’amour inconditionnel d’une mère pour son enfant.

Dans le "hogar", la figure masculine est presque complètement absente. Quel est le rapport des enfants avec la famille chrétienne modèle ?
La figure masculine est absente comme dans la réalité dont le film s’inspire. Mais le petit Michael a un rôle important pour rassurer sa maman, qui se soucie de ne pas pouvoir lui offrir une "famille modèle". Le petit est en effet capable d'apporter un regard nouveau et sans préjugés : quand il y a de l’amour, cette famille, à sa manière, est déjà une famille modèle.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi