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CANNES 2019 Marché du Film

Jean-Yves Roubin • Producteur, Frakas Productions

"Le cinéma de genre offre beaucoup de liberté dans la forme et le discours"

par 

- CANNES 2019 : Rencontre avec Jean-Yves Roubin, fondateur de Frakas Productions, coproducteur cette année de 2 films montrés à Cannes, Atlantique et Vivarium

Jean-Yves Roubin  • Producteur, Frakas Productions

Nous avons rencontré le producteur belge Jean-Yves Roubin, fondateur de Frakas Productions, qui se distingue depuis quelques années par sa politique pro-active en termes de coproduction de films de genre. On se souvient notamment de Grave [+lire aussi :
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de Julia Ducournau il y a deux ans. Cette année, la société liégeoise coproduit Atlantique [+lire aussi :
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de Mati Diop, en Sélection Officielle de la 72e Festival de Cannes, et Vivarium [+lire aussi :
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de Lorcan Finnegan, à la Semaine de la Critique, et s’apprête à tourner 4 longs métrages majoritaires d’ici fin 2019.

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Cineuropa : Pouvez-vous nous présenter Frakas Productions en quelques mots ?
Jean-Yves Roubin :
J’ai créé Frakas Production il y a 12 ans dans l’idée de produire des films de genre. Mais à l’époque, ce n’était pas dans les us et coutumes de la production francophone. Le Tax Shelter préférait de loin Astérix aux films de genre indépendants. Néanmoins, avec ma productrice Cassandre Warnauts, nous avons toujours voulu veiller à garder un regard aiguisé sur la société, et à choisir des projets ayant un esprit critique et acéré.

D’où vient cette passion pour les films de genre ?
J’ai toujours été attiré par ça, parmi mes film favoris, il y a Massacre à la Tronçonneuse. C’est un cinéma qui offre beaucoup de liberté dans la forme et le discours, tout en tenant des propos qui peuvent être très personnels, et avoir une résonance sociale ou politique.

Le film qui a tout changé auprès des institutions ici, c’est Grave. Je le prends souvent en référence. Pour nous, c’est une vraie coproduction, à 45/55, tout le tournage était belge, de nombreux talents l’étaient aussi, on a levé de l’argent culturel mais aussi de l’argent du marché. Evidemment, au premier abord, c’est compliqué de financer l’histoire d’une jeune fille qui devient cannibale. Mais c’est aussi l’histoire d’une jeune fille qui devient femme, et cette double lecture a su séduire les lecteurs, même s’ils avaient quelques réserves sur le traitement des scènes un peu crues. Mais on s’est bien battus avec le producteur français Jean des Forets (Petit Film), et depuis, le paysage du film de genre a été complètement chamboulé. C’est devenu presque tendance, et tant mieux.

L’un de vos points forts, c’est la coproduction.
Malheureusement en Belgique, c’est très compliqué de faire tourner une société comme Frakas avec uniquement des films majoritaires. Mais on choisit avec passion nos coproductions, il faut qu’elles nous parlent. D’où Girl [+lire aussi :
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, Grave, Le Fidèle [+lire aussi :
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. Des films avec des scénarios extrêmement forts. Comme Atlantique de Mati Diop qu’on coproduit cette année, ou encore Vivarium. Deux projets de genre, mais où beaucoup d’émotions se dégagent.

Vous avez un line-up à venir imposant en productions majoritaires.
On tourne actuellement Sans Soleil, le premier long de Banu Akseki, un film d’anticipation avec Asia Argento et Louka Minella. Banu, c’est le tout premier court métrage qu’on ait produit, c’est donc particulier pour nous. C’est un scénario très particulier, mais qui peut faire beaucoup de bruit.

On débute aussi le tournage d’un autre premier long métrage cet été, La Ruche de Christophe Hermans, avec Ludivine Sagnier, mais aussi Sophie Breyer et Mara Taquin, deux jeunes actrices belges qui montent.

On va aussi produire le nouveau film de Fabrice du Welz, qui nous rejoint pour réaliser Inexorable, un autre film de genre, un thriller très tendu. On tourne à l’automne en Belgique, et on coproduit avec The Jokers.

Toujours en 2019, Le Calendrier de Patrick Ridremont, une coproduction avec Sombrero Films qui sera distribuée par Universal en France. Là on est carrément dans l’épouvante.

Et puis on espère tourner début 2020 le premier film de Giordano Gederlini, co-auteur de Tueurs [+lire aussi :
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et des Misérables [+lire aussi :
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de Ladj Ly. Un polar très noir tourné à Bruxelles, en cours de financement. Et enfin, sur un ton plus léger, le premier long métrage du comédien Charlie Dupont, co-écrit avec Philippe Blasband. Une comédie très noire, très belge, et très touchante, sur deux frères qui s’aperçoivent qu’ils ont raté leur vie, et qui décident de réussir leur mort.

Qu’est-ce qui a le plus changé dans la production belge depuis 12 ans ?
Le métier s’est complexifié. C’était plus facile avant, car en gros, il y avait un guichet, le Centre du Cinéma, et un peu d’argent de la télé. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir beaucoup de guichets, mais cela demande beaucoup d’expertises, de connaissances, et de travail administratif.

Au niveau des coproductions internationales, depuis que la France a réduit l’accès au crédit d’impôt pour les coproductions internationales, on a dû se tourner vers de nouveaux partenaires. On s’est ouverts à d’autres pays, et on a adopté d’autres méthodes de coproductions, notamment avec de l’equity à l’anglo-saxonne. On met du coup le pied dans des financements plus en phase avec le marché.

Comment voyez-vous Frakas évoluer dans les 5 ans à venir ?
On va surement grandir encore un peu vu notre line-up ! On va développer nos projets plus à l’international, notamment les majoritaires. On veut monter des projets d’ampleur, par exemple acheter les droits d’un livre étranger, monter une équipe derrière, voir plus large que le territoire belge.

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