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LES ARCS 2018

Pierre-Emmanuel Fleurantin • Directeur général, Les Arcs Film Festival

"L’esprit des Arcs : défendre un cinéma de qualité et participer activement à la création"

par 

- A deux jours de l’ouverture du 10e Les Arcs Film Festival, Pierre-Emmanuel Fleurantin, directeur général et co-fondateur de l’événement, jette un coup d’œil dans le rétroviseur et sur le présent

Pierre-Emmanuel Fleurantin • Directeur général, Les Arcs Film Festival

A deux jours de l’ouverture du 10e Les Arcs Film Festival (du 15 au 22 décembre), Pierre-Emmanuel Fleurantin, directeur général et co-fondateur de l’événement avec Guillaume Calop, jette un coup d’œil dans le rétroviseur et sur le présent. 

Cineuropa : En 10 ans, Les Arcs Film Festival s’est imposé comme une manifestation très appréciée des professionnels européens. Quelles sont les raisons de ce succès ?
Pierre-Emmanuel Fleurantin : Pour citer Le Baron perché d’Italo Calvino, "les entreprises les plus audacieuses se font dans l’esprit le plus simple", et c’est un peu ça, l’histoire de la naissance des Arcs Film Festival : créer un lieu dédié au cinéma européen dans l’un des endroits les plus magnifiques des Alpes, mettre en avant la création, et avoir un esprit de village. Car à la différence des grands festivals, nous ne séparons pas les gens : on se réunit, on échange sans distinction de catégories, VIP ou autres. Tout le monde est traité sur le même plan et tout le monde peut rencontrer tout le monde. C’est cet esprit qui a plu à tous ceux qui sont venus et qui reviennent ensuite. Nous accueillons aujourd’hui un peu plus de 1000 professionnels. Et nous veillons à ce que les gens qui viennent soient dans l’esprit des Arcs : défendre un cinéma de qualité et participer activement à la création, au financement des oeuvres. Nous ne sommes pas un festival où les paillettes comptent plus que la création, la qualité des films, les talents, et le respect du travail de ceux qui font que les films se fabriquent. 

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La structure du festival, de l’amont avec le Village des coproductions à l’aval avec les projections des œuvres, en passant par le Work in Progress, vous offre une position privilégiée pour évaluer les tendances de la production européenne. Quelles ont été les grandes évolutions sur ces 10 dernières années ?
Quand nous avons démarré, c’était le début de la crise partout dans le monde, en particulier en Europe. L’industrie cinématographique a été touchée de manière sensible à partir de 2010-2011 et certains pays reculaient énormément, notamment au Sud de l’Europe : l’Espagne, la Grèce, l’Italie en partie à un moment. Nous avons assisté aussi à la transformation des systèmes de financement. Aujourd’hui, il y a un recul des financements public dans beaucoup de pays européens, même si c’est évidemment très variable. Il y a aussi une importance dans les systèmes nationaux, des chaînes de télévision qui ont un peu tendance à formater les propositions de cinéma qui sont donc moins nombreuses à être fortes et innovantes. S’y ajoute une concurrence accrue de la série TV qui a aspiré beaucoup de talents du cinéma. Globalement, le financement a tendance à se raréfier, y compris à l’international car c’est plus difficile pour les vendeurs. Et il y a l’apparition des plateformes… On voit bien qu’il y a une tectonique en plein mouvement : de nouvelles sources de financement arrivent, mais elles ne sont pas stabilisées et on est juste en train de légiférer sur la manière dont elles vont investir. En Europe, on est au début de cette structuration, mais on arrive encore à faire beaucoup de films, et c’est une chance. Certains pays sont forcément mieux lotis que d’autres, comme les pays nordiques, la Belgique, la France, l’Allemagne, les pays anglo-saxons, et certaines nations d’Europe de l’Est ont aussi réussi à s’en sortir avec souvent davantage d’investissements publics, par exemple la Hongrie. Nous, ce que nous cherchons aux Arcs, ce sont des projets qui ont un potentiel à travers leur singularité et les talents qui les portent.

Vous lancez justement cette année le Talent Village. Pourquoi ?
Auparavant, nous avions le Village des Écoles, un travail en direct avec les écoles de cinéma européennes : chacune nous envoyait un élève avec son projet de premier long. Nous avons décidé de changer ce modèle et de regarder nous-mêmes ce qui a été réalisé en court métrage en Europe ces dernières années afin d’identifier des réalisateurs ayant déjà une "patte" et peut-être une proposition nouvelle de cinéma, et capitaliser sur eux en leur donnant toutes les chances d’aller au bout de leurs ambitions. Car nous savons qu’on doit souvent renoncer à beaucoup de choses au cours d’un processus de fabrication et que plus la route est compliquée, plus les projets avancent lentement, surtout aujourd’hui en financement avec des TV et des distributeurs ayant tendance à chercher des films consensuels et larges, en tous cas pas les projets risqués et innovants. Or, nous avons envie de soutenir ce type de films et d’aider ces jeunes cinéastes à monter leurs projets en leur faisant rencontrer les bonnes personnes, en mettant en place un "tutoring" intéressant, en les mettant en contact avec des techniciens qui viendront enrichir leurs projets, etc. Thomas Vinterberg va parrainer cette première promotion et viendra donner une masterclass. Ensuite, aux Arcs, les projets vont rencontrer le marché, dans un esprit de bienveillance. 

De très nombreux films présentés dans votre Work In Progress finissent dans les vitrines des plus grands festivals. C’est un objectif ?
C’est une vraie satisfaction et une reconnaissance d’un travail de ratissage de l’Europe entière, une vraie chasse au trésor pour trouver ces films dont personne n’ait encore rien vu et qui parfois sont encore en tournage quelques semaines avant le Work In Progress. Et c’est ensuite très excitant de voir un film comme Girl [+lire aussi :
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gagner quelques mois après la Caméra d’Or à Cannes. Surtout, c’est un moyen de construire une famille car tous les réalisateurs et producteurs passés au Village des Coproductions et au Work In Progress reviennent ensuite avec leurs films en programmation et avec leurs prochains projets.

Un mot sur Ruben Östlund, président du jury de la compétition cette année ?
C’est une belle histoire de rencontre. Just the Wind [+lire aussi :
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que j’avais produit était finaliste du prix LUX la même année que Ruben avec Play [+lire aussi :
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, et nous nous sommes retrouvés à Venise à discuter de ski car Ruben a fait des films de glisse quand il avait 20 ans. Il me parle donc de son nouveau projet qui démarre par une énorme avalanche et il me dit qu’il va commencer le repérage. Je lui ai alors proposé de le mettre en contact avec les gens de la station des Arcs où il est finalement venu tourner Snow Therapy [+lire aussi :
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interview : Ruben Östlund
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. Quand le film a été terminé, nous avons décidé le projeter pendant le festival au sommet de l’Aiguille rouge, à 3200 mètres d’altitude, soit la plus haute projection d’Europe. Le fait que Ruben ait eu envie de revenir pour les 10 ans du festival, c’est chouette et cela fait aussi partie de la réussite de l’ensemble.

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