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Juri Rechinsky • Réalisateur

"Tout ce que je pouvais faire, c'était suivre mon instinct par rapport à ce que voulais à l'écran"

par 

- Le réalisateur ukrainien Juri Rechinsky a parlé avec Cineuropa de son premier long-métrage de fiction, Ugly, coproduit par Ulrich Seidl

Juri Rechinsky  • Réalisateur
(© Joke Schut)

Le réalisateur Juri Rechinsky a présenté son premier long-métrage de fiction, Ugly [+lire aussi :
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, dans la section Bright Future du Festival international de Rotterdam. Avant de faire ce film, il a travaillé comme monteur indépendant sur des publicités et longs-métrages, et a été chef-monteur pour les studios Mosfilm, à Moscou. Il avait déjà à son actif plusieurs courts-métrages quand il a fait son premier long-métrage, en 2013, le documentaire Sickfuckpeople, sur un groupe de gamins sans domicile qui tentent de survivre à une enfance ravagée par la drogue.

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Cineuropa : Votre premier long métrage de fiction est une expérience visuelle viscérale. D'où vous est venue cette idée?
Juri Rechinsky : Je me suis principalement inspiré de ma propre expérience. Je ne sais pas si c'est très courant en Ukraine ou en Autriche... Peut-être que oui, mais je ne me suis pas posé la question en faisant le film. Ugly vient de mon expérience. J'avais fait le documentaire Sickfuckpeople pour oublier tout cela, mais quand je l'ai fini, certains éléments ont ressurgi sous forme de flashbacks et de cauchemars, ce qui m'a beaucoup perturbé. J'ai alors commencé à les coucher sur papier et, après quelques temps, je me suis rendu compte que j'avais une nouvelle histoire sous les yeux. Je l'ai montrée autour de moi et certaines personnes l'ont trouvée très intéressante, et avant même que j’aie eu le temps de m’en rendre compte, j'étais en tournage. Comme je n'avais fait jusque-là que du documentaire, je ne savais pas du tout comment travailler avec des acteurs, ni comment gérer une grande équipe, et les voilà qui étaient là, à attendre mes instructions. Tout ce que je pouvais faire, c'était suivre mon instinct par rapport à ce que voulais à l'écran. 

L'ambiance de Ugly est très particulière, un peu comme celle qu'on trouve dans The Tribe [+lire aussi :
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de Myroslav Slaboshpytskiy.
Lui et moi avons commencé à tourner plus ou moins au même moment, mais Myroslav Slaboshpytskiy est beaucoup plus rapide que moi. Son film est très différent du mien et nous ne travaillons pas de la même manière, mais il est évident que la période et l'endroit où l’on travaille jouent beaucoup. Je pense que ma génération souffre d'une sorte de dépression. Je suis influencé par les 20 premières années de ma vie en Ukraine - et une partie en Union soviétique - ; c'est peut-être cela que nous avons en commun avec Slaboshpytskiy : une époque, un lieu et une enfance qui ont façonné notre personnalité.

L'histoire du film se passe en Ukraine et en Autriche, mais le déroulement est plutôt lent, et se fait d'Est en Ouest.
Mon intention n'était pas de faire une histoire sur deux endroits très différents d'un point de vue géopolitique. Ugly n'est pas comme Import/Export [+lire aussi :
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. Les deux films ont peut-être des points communs, mais mon intention était d'unir les deux côtés. Ce qui unit l'Ukraine et l'Autriche, c'est le fait que les deux pays souffrent des mêmes syndromes et problèmes humains. Dans Ugly, je ne cherche pas à souligner les différences, mais bien à unir les gens dans des lieux distincts.

Puisque vous parlez du film Import/Export, comment Ulrich Seidl s'est-il joint au projet?
Il a rejoint l'équipe alors que nous avions d'importants problèmes financiers. Nous étions arrivés à un point où nous ne savions pas comment nous pourrions terminer le film. Nous venions d’apprendre que nous avions épuisé les fonds disponibles quand nous sommes allés à la première du dernier film de Seidl. Nous lui avons parlé et il nous a demandé de lui montrer ce que nous avions tourné jusque-là. Il a ensuite annoncé qu'il voulait nous aider à finir le film en tant que coproducteur. La semaine suivante, nous avons établi un budget, et c’est ainsi que nous avons pu mener le projet à terme. Seidl a été notre bonne fée marraine ! 

Vous avez réalisé Ugly avec des habitués de Seidl : le directeur de la photographie Wolfgang Thaler et l'actrice Maria Hofstätter.
J'ai toujours voulu travailler avec eux. Je suis rentré en contact avec Ulrich quand il a vu mon documentaire, qu'il a adoré, et moi aussi j'adore ses films. Nous avons pu nous rencontrer, discuter et nous nous sommes rendu compte combien nos expériences étaient communes. C'est l'approche visuelle de Thaler dans les films de Michael Glawogger qui m'a donné envie de faire des documentaires. Je ne m'attendais pas à ce que Wolfgang et son fils travaillent sur mon film. Il en va de même pour Maria Hofstätter. Ce que j'ai le plus apprécié, c'est la chance d'avoir eu le temps et la liberté de trouver mon propre film, mon propre langage.

Quelle est la différence principale entre travailler sur un documentaire et travailler sur une fiction?
C'est que, dans le deuxième cas, on travaille avec des acteurs et non des gens. Avec les acteurs, il faut déterminer ce qu’ils peuvent apporter – ce n’est pas pareil qu’avec des gens qu'on essaie de montrer. Le bon acteur est celui qui vient vous supplier de le montrer comme il ne l'a jamais été auparavant.

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(Traduit de l'anglais)

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