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"Les chaînes sont plus ouvertes à des styles internationaux"

Dossier industrie: Tendance du marché

Robert Salvestrin • Vendeur international, Lucky You

par 

A quelques jours du Sunny Side of the Doc, le pilote de Lucky You, filiale de distribution internationale de Bonne Pioche, décrypte les tendances du marché et évoque son line-up

Robert Salvestrin  • Vendeur international, Lucky You

Fondateur et à la tête depuis sept ans de Lucky You, la filiale de distribution internationale du groupe français Bonne Pioche, Robert Salvestrin compte sur son line-up Asie-Pacifique, La Nouvelle Poudrière, l’un des projets sélectionnés aux Pitchs du 32e Sunny Side of the Doc, le marché international du documentaire et des expériences narratives (en ligne du 21 au 24 juin - lire la news sur la sélection et l’interview de Mathieu Béjot, le directeur de la stratégie et du développement de l’événement).

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Cineuropa : Quelle est l’impact de la croissance des plateformes sur la circulation internationale des programmes documentaires français ?
Robert Salvestrin : La multiplication des plateformes et l’adoption par les chaînes traditionnelles de services VoD et SVoD qui dépassent les frontières nationales, ont des conséquences sur les droits acquis par la chaine qui a commandé les œuvres au départ et sur le travail du producteur. Ce dernier doit maintenant tenir compte de tous les droits supplémentaires acquis par la chaine qui commissionne, ce qui complique pour les distributeurs les négociations à l’étranger avec les chaines locales. Ainsi, Arte dispose maintenant non seulement d’un service de télévision traditionnelle en Allemagne, France, Autriche, Suisse et Belgique, mais est aussi présente sur Internet en langue espagnole, italienne, polonaise, allemande et française, ce qui complique les ventes par exemple en Pologne. C’est un élément qui peut influer négativement sur les prix.

Le côté positif de cette multiplication des plateformes, c’est que sur le plan éditorial, les chaînes sont plus ouvertes à des styles internationaux. Les programmes documentaires français ont donc évolué par rapport à leurs formes traditionnelles et ont adopté un rythme un peu plus soutenu. Donc ils voyagent beaucoup plus, en particulier les documentaires de sciences et d’Histoire, mais également certains sujets de géopolitique quand ils ont une vocation très internationale. Et une plateforme peut être tout à fait compatible avec une première chaîne nationale. Mais pour l’instant, dans le documentaire, il n’y a que très peu d’exemples de programmes français acquis par les plateformes américaines

Quid des formats ?
En France, il y a encore une grande tradition du documentaire de 90 mn en prime-time qui n’a quasiment pas d’existence à l‘international. Donc, il faut souvent réfléchir à une deuxième version de 52 mn. En revanche, et c’est une très bonne nouvelle venue des plateformes pour les réalisateurs, et Netflix l’a montré : tant que l’histoire tient, on peut proposer n’importe quelle durée, et dans une même série documentaire, on peut voir que chaque épisode peut avoir une durée différente. Pour les chaînes traditionnelles, cela reste plus compliqué car les grilles de programmation sont standardisées.

Les rendez-vous de marché ont-ils toujours autant d’importance ?
Avant la pandémie, nous avons assisté à une multiplication de marchés et j’ai l’impression que certains "commissioning editors" étaient tellement sollicités qu’ils n’arrivaient plus vraiment à absorber le volume de suivi. La crise sanitaire nous a montré qu’on pouvait faire beaucoup en ligne et nous nous sommes tous énormément activés. Mais au bout d’un an et demi, on se rend bien compte qu’il y a une lassitude et que manque la rencontre fortuite, le passage d’informations entre les rendez-vous de pitchs eux-mêmes. Ces moments sont précieux et nous avons hâte de les retrouver

Lucky You vend Asie-Pacifique, La Nouvelle Poudrière, un 52 mn réalisé par Anne Loussouarn et produit par Bonne Pioche, sélectionné aux pitchs du Sunny Side of the Doc qui l’a teasé comme emblématique d’un net regain d’intérêt pour les documentaires de géopolitique.
C’est une investigation très bien documentée, déjà en production et qui aide à décrypter des moments-clés de l’actualité avec une analyse approfondie. Depuis quelques années, les programmes d’investigation figurent d’ailleurs parmi les plus vus dans les vidéothèques. Cela s’explique car les gens sont un peu désemparés, ils se rendent compte que leurs vies quotidiennes sont affectées par les ambitions géopolitiques, ils se sentent en insécurité et ils veulent comprendre un monde qui a vu ces dernières années se faire élire des présidents qu’on n’aurait jamais imaginé pouvoir accéder à leurs postes, un essor des mouvements de droite extrême notamment en Europe de l’Est, un Poutine de plus en plus agressif, des problèmes au Moyen-Orient et cette Chine dont on se demande même maintenant si elle n’est pas l’origine de la création de la Covid. Les documentaires d’investigation géopolitique étaient très en vogue jusqu’à la chute du Mur, puis ils s’étaient déportés sur des sujets plus transversaux comme l’énergie, la pharmacologie, le trafic d’organes, etc. Aujourd’hui, il y a un retour à une dimension à la fois plus vaste et plus concrète, plus menaçante pour tout le monde.

Quels sont les autres titres majeurs de votre line-up ?
La mini-série La science des émotions (4x52mn - produite par Effervescence pour Planète+) qui décrypte la physiologie des émotions, leurs effets sur le corps humain, leur utilisation par le marketing politique, le traitement de certaines pathologies mentales, leur lien avec l’intelligence artificielle pour la création de robotique avec empathie, etc. Il y a aussi la mini-série La science en renfort (4x52mn - produite par Bonne Pioche pour Planète+) explore comment la science aide les athlètes de haut niveau à maximiser leurs performances avec les équipements, le développement du corps et du mental : on entre dans les laboratoires et dans les ateliers, mais on suit également les entrainements de sportifs connus. Enfin, il faut mentionner la série historique 1942 (4x52mn), une production Agat Films & Ex Nihilo pour Arte, 100% archives et qui revient sur l’année pivot de la Seconde Guerre mondiale sous l’angle de la vie quotidienne des civils dans le monde.

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