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"Annecy n’a peut-être jamais été aussi fort dans son rôle fédérateur"

Dossier industrie: Animation

Mickaël Marin • Directeur du Festival d’Annecy et du Mifa

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Mickaël Marin, directeur du Festival du Film d’animation d’Annecy et de son marché le Mifa, décrypte les défis de l’organisation en ligne de l’événement du 15 au 30 juin

Mickaël Marin  • Directeur du Festival d’Annecy et du Mifa
(© G. Piel/CITIA)

Incontournable et plus grand rendez-vous mondial du genre, le Festival du Film d’animation d’Annecy et son marché, le Mifa, se dérouleront online du 15 au 30 juin. Mickaël Marin, le directeur de CITIA qui pilote l’événement, décrypte cette métamorphose numérique provoquée par la crise sanitaire.

Cineuropa : Quel a été le processus qui vous a conduit à choisir d’organiser en ligne le Festival du Film d’animation d’Annecy et son marché plutôt que de renoncer complètement à cette édition ?
Mickaël Marin
 : Il faut se remettre dans le contexte. Quelques semaines avant cette annonce, nous nous demandions encore, comme beaucoup de festivals, si nous arriverions quand même à nous tenir en juin. Nous avons commencé parallèlement à évaluer l’option d’un éventuel report, mais nous nous sommes rendus compte très rapidement que juillet serait très problématique compte tenu du fait que nous sommes un festival qui accueille plus de 100 délégations, et on imaginait bien que peu de professionnels allaient pouvoir voyager. Septembre était déjà très embouteillé en manifestations et il n’était pas question de se mettre aux mêmes dates qu’une autre manifestation car cela n’aurait pas été respectueux et, par rapport aux professionnels, cela aurait rajouté de la confusion à la confusion. Donc très rapidement, nous en avons conclu que nous ne pourrions pas organiser l’événement physiquement. Mais beaucoup de studios nous envoyaient des messages en nous disant : "on ne sait pas ce que vous ferez, mais si vous faites quelque chose en ligne, on sera derrière vous. " Fort de ces messages positifs car il n’était pas question de s’organiser en ligne sans le soutien des professionnels, nous nous sommes demandés comment nous pouvions être le plus utiles aux réalisatrices et aux réalisateurs, et c’est vrai qu’un label Annecy, une sélection à Annecy, un prix à Annecy, cela compte énormément pour faire circuler ensuite son film dans les autres festivals et pour des récompenses prestigieuses comme les Oscars. Nous avions d’ailleurs échangé avec l’Académie, avant même qu’elle annonce qu’elle assouplirait ses règles pour les festivals qui se dérouleraient en ligne, afin de s’assurer que si nous organisions une compétition en ligne, les films ne seraient pas pénalisés. Nous avons reçu toutes les assurances et nous avons alors décidé d’annuler physiquement le festival, mais que ce ne serait pas une pleine annulation car nous allions continuer à jouer notre rôle pour les films et pour l’industrie avec le marché. C’était quand même un gros défi.

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Une manifestation en ligne, c’est presque un autre métier ?
Heureusement, nous avions une équipe interne à plein temps de développeurs compétents et déjà des outils propres que nous avions développés pour le marché, la vidéothèque en ligne, un Annecy Network qui existait, donc nous nous sommes appuyés en partie sur ces technologies. Mais c’était un enjeu technologique énorme d’arriver à rajouter à notre moteur d’autres moteurs pour faire en sorte qu’au final le véhicule festival et marché d’Annecy fonctionne et permette la meilleure expérience possible pour les festivaliers et les accrédités du marché. Nous avons donc refait un site Internet et travaillé sur une plateforme dédiée en agrégeant des outils côté marché.

Quels étaient vos objectifs principaux ?
À la fois de proposer un festival, mais aussi de pouvoir permettre aux professionnels d’échanger. Il y a une énorme demande à ce niveau car il n’y a pas eu de marché depuis mars et le Mifa est le vrai poumon économique de l’industrie de l’animation. Nous avons néanmoins décidé de limiter le nombre d’accès sur la plateforme pour ne pas gêner la carrière ultérieure des films. Il s’agit surtout d’utiliser la caisse de résonance qu’est Annecy, de permettre à des films d’avoir un label et pour certains un prix, de permettre aussi à la presse de parler des films comme elle l’aurait fait d’habitude, à l’industrie d’échanger et de générer des nouveaux projets, aux diffuseurs et aux plateformes de trouver de nouveaux contenus. Et côté festival, être une rampe de lancement pour des films dont on espère qu’ils pourront être vus sur grand écran dans d’autres festivals à l’automne.

La peur du piratage a-t-elle joué ?
Oui, et c’est pour cela que nous avons adapté la compétition des longs métrages (lire la news) avec certains films dont seulement quelques minutes seront présentées et qui ne seront visibles entièrement que par les membres du jury. Mais nous avons bien évidemment toutes les assurances en termes de sécurité, d’autant plus quand on a des films de studios américains en compétition. Cela a été une des questions principales sur lesquelles il a fallu dialoguer, tout comme il fallu, et cela a été le travail de notre délégué artistique Marcel Jean de rediscuter quasiment film par film pour voir sur quel contenu nous pourrions compter pour notre compétition. Nous avons eu plutôt une bonne surprise d’avoir à 90% le même contenu que si la manifestation s’était déroulée physiquement.

Avec ses temps longs d’une fabrication qui ne nécessite pas de tournage en live, l’animation n’est-elle pas le segment de l’industrie qui réussira à traverser le moins péniblement la crise ?
A court terme, l’animation va tirer son épingle du jeu, car hormis la stop motion qui a été entravée ainsi les très grosses productions en CGI avec leurs images très lourdes pour les tuyaux parfois sous-dimensionnés du télétravail sans oublier les questions de sécurité, une majeure partie de l’industrie, les producteurs et les studios, a pu continuer à travailler. Le cinéma d’animation, c’est un savoir faire et une spécificité : la production est internationale et se fait sur différents sites. Donc il y avait déjà une expertise à ce niveau pour la mise en place de pipelines de production complexe, souvent sur des lieux délocalisés. C’est une force pour le secteur à court terme parce qu’il a pu continuer à produire et qu’il va donc pouvoir fournir du contenu aux diffuseurs et aux plateformes. Et ces dernières vont se tourner davantage vers l’offre d’animation car elle sera plus disponible. Mais ensuite, quid de 2021 et 2022 ? C’est à moyen terme que l’impact risque de se faire sentir avec la baisse des investissements publicitaires qui aura probablement un impact sur le secteur, comme pour le live.

Quel bilan provisoire tirez-vous de cette expérience inédite ?
La communauté d’artistes et de professionnels de l’industrie de l’animation a été assez extraordinaire, très solidaire et nous a donné des ailes. Paradoxalement, Annecy n’a peut-être jamais été aussi fort dans son rôle fédérateur que dans ce moment difficile.

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