email print share on facebook share on twitter share on google+

SHEFFIELD DOC FEST 2018

Critique : The Man Who Stole Banksy

par 

- Le vol d’une peinture murale à Bethléem a amené le réalisateur débutant Marco Proserpio à enquêter sur l’éthique du marché du street art

Critique : The Man Who Stole Banksy

L'homme du titre du film The Man Who Stole Banksy est Walid “La Bête” Zawahrah, un chauffeur de taxi palestinien qui a découpé une œuvre peinte par Banksy sur le mur séparant Israéliens et Palestiniens à Bethléem et l'a mise aux enchères sur eBay. Au début du premier long-métrage documentaire de l’Italien Marco Proserpio, projeté au festival Sheffield Doc/Fest, Walid promet de nous raconter son histoire, mais ce qui intéresse avant tout Proserpio, c'est la dimension éthique du geste de cet homme qui a pris une peinture où l'on voit un soldat israélien demandant ses papiers à un âne, plus que la manière dont il s'y est pris. La grande question qu’on examine ici, c’est celle de savoir si une œuvre d’art de rue appartient au public ou au propriétaire du mur, et si Banksy renonce à ses droits d’auteur à partir du moment où il peint sur des supports qui ne lui appartiennent pas – surtout il n’a pas non plus d'identité publique qui lui permettrait de solliciter le juge. Pour répondre à ces questions, le réalisateur interroge des locaux, des avocats et des négociants en art du monde entier.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

En 2007, Banksy et son équipe sont arrivés à Bethléem et sur les territoires palestiniens occupés, pour orner les murs de la rive gauche de la ville de leurs œuvres distinctives. L’artiste voulait attirer l’attention des médias sur le fait que le gouvernement israélien a construit un mur géant à travers la ville de Bethléem pour empêcher les Palestiniens d’accéder à leur partie de la ville. Pour beaucoup d'entre eux, de fait, Banksy fait figure de héros révolutionnaire des temps modernes. Cependant, une de ses oeuvres, baptisée "Donkey Documents” (litt. "les papiers de l’âne") suscite beaucoup de colère parmi certains citoyens palestiniens, qui la voient comme une représentation littérale du leur peuple. Certains membres de la communauté voudraient même que la peinture soiet effacée du mur. C’est à ce moment-là que Walid intervient. Sa logique est que la cause palestinienne sera mieux servie si l'œuvre est vendue et que l’argent est redistribué pour aider les locaux, plutôt qu'en restant sur un mur. Ce serait une bonne philosophie, mais au soutien du capitalisme.

Le documentaire, accompagné par la voix inimitable d'Iggy Pop (comme si un film sur Banksy n'était pas déjà assez cool par nature !), suit l'oeuvre d'art dans son périple autour du monde, à Copenhague, New York et Londres. Après s'être émerveillé sur la logistique du vol et le fait d’avoir pu transporter un pan de mur aussi lourd, ainsi que sur la manière dont l'art des rues est préservé à Bologne, en Italie, l'usage trop généreux que fait Proserpio des têtes parlantes et son intérêt trop prononcé pour les mécanismes et salamalecs du monde de l'art rendent inégal, parfois un peu sec, avec trop de passages d’exposition. Une interview sort du lot cependant, avec l’anthropologue Françoise Vergès, qui fait un exposé très clair sur le fait que les artistes occidentaux sont davantage loués pour leurs œuvres, ce qui explique qu'un Britannique comme Banksy ait pu avoir un tel impact en peignant sur les murs de Bethléem là où un artiste palestinien n'aurait pas eu cette visibilité. Elle voit cela comme une nouvelle manière moderne pour l’Occident de coloniser les nations sans recourir à la force. Le film est aussi excellent dans la façon dont il rend compte des raisons qui ont amené Banksy à ouvrir le Walled Off Hotel à Bethléem en 2017 : c'était une excellente manière non seulement d'attirer l’attention des médias du monde entier sur ce mur, mais aussi de rendre beaucoup plus difficile l'effacement (ou le vol) de ses oeuvres murales dans la ville. 

The Man Who Stole Banksy a été produit par Marco Proserpio en collaboration avec RAI Cinema et en association avec Elle Driver. Le film a été soutenu par le Doha Film Institute.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.