email print share on facebook share on twitter share on google+

SHEFFIELD DOC FEST 2018

Critique : Boys Who Like Girls

par 

- Le 1er long-métrage documentaire de la Finlandaise Inka Achté nous force à prendre du recul sur les origines de la misogynie

Critique : Boys Who Like Girls

Quand, en 2012, le viol en réunion brutal d'une fille dans un bus de New Delhi a secoué le monde, on a pris conscience du fait que la violence envers les femmes était profondément ancrée dans la culture indienne. Des programmes conçus pour éduquer les garçons et leur apprendre à résister aux stéréotypes et à protéger les femmes sont apparues. La Finlandaise Inka Achté a décidé de suivre une de ces initiatives, Men Against Violence and Abuse (MAVA), et c'est ainsi qu'est né son premier long-métrage documentaire Boys Who Like Girls, projeté en avant-première mondiale dans la section Doc/Think du festival Sheffield Doc/Fest.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Avant même le générique, qui contient ces informations sur le contexte du film, on rencontre certains de ces personnages principaux : Ved, un garçon intelligent et talentueux qui participe au projet et qui est guidé par Asper, un jeune bénévole. Le programme MAVA est mené par un professeur d'âge moyen, Harish Sadani, dont nous faisons la connaissance alors qu'il discute de la situation familiale de Ved avec son instituteur.

Le père de Ved est un alcoolique qui abuse quotidiennement de sa femme, et son grand frère ne contribue pas du tout à soutenir la famille, de sorte que le garçon est contraint de travailler pour aider les siens et de s'occuper de plusieurs aspects de la vie domestique, ce qui limite tellement ses activités à l'école et dans le cadre de MAVA que son enseignant comme Harish sont très préoccupés.

En parallèle, on suit les activités de MAVA, qui révèlent un gros problème dans la société indienne : les femmes qui s'habillent de manière provocante sont considérées comme en faute, et les jeunes gens pensent que si elles se font violer, c'est qu'elles l'ont cherché – le raisonnement est que les hommes étant incapables de se contrôler, il ne faut pas les aguicher. Les bénévoles et experts de MAVA essaient de déraciner ces préjugés dangereux à travers différents ateliers et des manifestations dans les rues de Mumbai.

Comme les financements sont difficiles à trouver, Harish se rend au Danemark, à une conférence sur les droits des femmes, pour essayer de lever des fonds. Là, il découvre un autre préjugé, inattendu mais tout aussi rageant.

Boys Who Like Girls est un film important qui vient à point nommé, et ce pas seulement parce qu'il dévoile les problèmes du patriarcat à l'indienne. En vérité, même ce système semble plus ouvertement dominant en Inde qu'en Occident, le mouvement #MeToo a bien montré que pour ruer dans les stéréotypes qui vont à l'encontre des femmes, il faut aussi secouer ceux associés aux hommes, et ce dès leur plus jeune âge.

Ce propos combiné au récit du parcours de Ved (grâce au montage bien équilibré et bien rythmé de Livia Serpa) et formulé par Achté selon l'approche du cinéma d'observation nous force à prendre du recul sur les origines de la misogynie et sur le fait que bien souvent, on ne les interprète pas correctement. À travers cette histoire, le film réfléchit sur la complexité du problème au niveau mondial. Plutôt que d'en conclure que la société indienne est terriblement arriérée, le public est amené à interroger ses propres préjugés et valeurs, et ceux de la société qui est la sienne.

Boys Who Like Girls a été coproduit par Napafilms (Finlande), UpNorth Film (Norvège) et One-Eyed Turtle Films (Inde).

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.