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KARLOVY VARY 2018 East of the West

Tonia Mishiali • Réalisatrice

"C'est un film qui est vu à travers le prisme de la nature féminine, complexe et fascinante"

par 

- KARLOVY VARY 2018: Nous avons interrogé Tonia Mishiali sur la portée de son film Pause et l'impact qu'il pourrait avoir sur la société, à Chypre et ailleurs

Tonia Mishiali  • Réalisatrice

La réalisatrice, scénariste et productrice chypriote Tonia Mishiali a déjà à son actif de beaux parcours dans les festivals grâce à ses courts-métrages. Son premier long, Pause [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Tonia Mishiali
fiche film
]
, raconte histoire d'une femme au foyer d'âge moyen, Elpida, qui est prisonnière d'un mariage tumultueux et sans amour. Le film était en lice dans la section East of the West du 53Festival de Karlovy Vary. Nous avons interrogé Mishiali sur la portée de son film et l'impact qu'il pourrait avoir sur la société, à Chypre et ailleurs.

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Cineuropa : Pourquoi avez-vous choisi de faire de l'histoire d'Elpida le sujet de votre premier long-métrage ?
Tonia Mishiali :
 J'ai toujours été sensible aux problèmes qui concernent les femmes et à la question de la parité, et je suis particulièrement intéressée par les relations conjugales déliquescentes. De fait, aborder ce sujet dans mon premier long-métrage me semblait adapté, parce que c'était aussi un sujet très personnel : je me suis inspirée d'images qui ont été gravées dans mon esprit et d'événements que j'ai vécus en grandissant à Chypre, une société patriarcale, et en regardant les femmes de ma famille et de mon entourage, toujours réléguées au second plan. Conséquemment, je voulais faire un film qui soit vu à travers le prisme de la nature féminine, complexe et fascinante. Pause est un film qui parle du fait de ne pas avoir de voix, de se languir d'être aimée, des désirs inassouvis. Comme la manière dont on décrit les femmes au cinéma n'est traditionnellement pas correcte, je voulais que le film dépeigne un personnage féminin très authentique. La vie d'Elpida est donc importante pour moi.

Quel effet pensez-vous que Pause va avoir sur le public chypriote ? Les spectateurs vont-ils aussi y retrouver des fragments de leurs propres vies ?
Je l'espère sincèrement. Pause est un conte censé servir d'avertissement, sur une femme qui n'a pas le courage de se sauver elle-même. C'est tellement vrai aujourd'hui. Des milliers de femmes dans le monde sont dans des situations similaires à celle d'Elpida et n'arrivent pas à trouver leur voix et à se battre pour leurs droits. De fait, je souhaite vraiment que le film va leur parler, qu'il va les plonger dans la "réalité" qui est celle d'Elpida, ressentir ce qu'elle vit intérieurement et son état émotionnel profond. En se sentant de la compassion pour elle et en suivant son parcours, j'espère qu'elles vont trouver le courage de se rebeller, contrairement à elle. .

Pensez-vous que Pause va affecter principalement les sociétés patriarcales, ou que sa portée est plus large ?
Jusqu'à l'avant-première mondiale du film, je n'étais pas certaine de la manière dont il serait perçu et des groupes et des sociétés qu'il affecterait davantage. Je sais que Pause est un film que tout le monde n'est pas prêt à accepter, mais j'avais confiance dans mon histoire, c'était un risque à prendre. Le public est tellement habitué aux films qui adoptent un point de vue masculin que je m'attendais à des objections de la part des spectateurs de deux sexes, or après les projections à Karlovy Vary, j'ai été ravie de voir que le film avait beaucoup touché les spectateurs des deux sexes et que j'avais atteint mon but : Elpida est parvenue à toucher les gens profondément.

A-t-il été difficile de tourner et produire un film de ce genre à Chypre ? Dans l'ensemble, les gens acceptaient-ils et approuvaient-ils votre démarche ?
Le film a été financé par le Ministère de la Culture de Chypre, le Centre de la cinématographie grec et le SEE Cinema Network sans trop de problèmes. Cela dit, le budget était vraiment bas. Je ne sais pas si on aurait trouvé des financements avec un montant plus élevé, même si le film avait traité d'un sujet différent. Produire le film à Chypre n'a pas été difficile dans ce sens là. La nouvelle génération n'est plus si traditionnelle, et puis l'équipe comprenait un nombre significatif de femmes.

Est-il important pour vous de proposer un film comme celui-ci alors que le monde entier discute de la parité dans le secteur de l'audiovisuel, et ailleurs ? Pensez-vous que cela va affecter l'angle sous lequel le public va voir le film ?
Ce qui est important ici, c'est que c'est une histoire autour d'une femme, racontée d'un point de vue complètement féminin. Et il aborde quelque chose dont on parle peu au cinéma : le patriarcat du point de vue des femmes (devant et derrière la caméra). Est-ce le bon moment ? Ce n'est pas à moi de le dire. J'ai raconté l'histoire que j'avais besoin de raconter quand le moment m'en a paru bon.

(Traduit de l'anglais)

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